Editorial
Sauvons l'école ! Selon une dépêche de l’AFP du 26/09/08, le budget de l’éducation
nationale prévoit la suppression de 13 500 postes – ça, nous le savions. Par
contre, la nouveauté tient dans le choix des suppressions de postes. L’état va
gratter sur tous les postes possibles (remplaçants, stagiaires et mis à
disposition des associations d’éducation populaire). Mais le pire, si j’ose
dire, c’est le sort réservé aux enseignants spécialisés. Ils disparaissent
purement et simplement. Pour les initiés, c’est la fin des RASED, c’est-à-dire
des Réseaux d’aide aux enfants en difficulté. Ces enseignants spécialisés, avec
une année de formation supplémentaire spécifique, sont chargés d’apporter des
réponses aux difficultés rencontrées par les élèves. Ils essayent de mettre en
place des stratégies de réussite que les élèves réinvestissent dans les
apprentissages. Après les maternelles, ce sont les RASED qui sont
attaqués. Va-t-on attendre les
prochaines attaques pour réagir ? La guerre des classes est déclarée !
MOBILISONS-NOUS CONTRE EDVIGE !
En cette rentrée 2008, le gouvernement se trouve embarrassé par une contestation large contre la mise en place d’Edvige (ou de ses nouvelles mutations imprononçables type EDVIRSP), un fichier policier qui va augmenter les champs d’attribution de l’ancien fichier des Renseignements Généraux et en réduire les instances de contrôle publiques. Si Edvige choque, il n’a pourtant malheureusement rien d’étonnant dans l’ordinaire du discours sécuritaire et du déferlement exponentiel de mesures de contrôle et de répression que celui-ci a cautionnées depuis dix ans.
Une justice à la botte
En un temps record de nouvelles lois se sont succédées pour augmenter les pouvoirs policiers : Lois de Sécurité Quotidiennes, Lois de Sécurité Intérieures, Lois de prévention de la délinquance, rétention de sûreté, peines planchers, lois permettant l’espionnage des communications informatiques et téléphoniques des populations, fichage ADN (FNAEG) étendu à tous les crimes et délits à part les crimes financiers.
Une jeunesse bâillonnée
La jeunesse, embryon d’agitation et de subversion a été particulièrement visée: dépistage de la délinquance au berceau, construction de prisons pour mineurs (EPM), fichage « base-élève » des écoliers ou acclimatation précoce aux formes de contrôle technologique visant à s’implanter dans le reste de la société comme le contrôle biométrique pour rentrer à la cantine.
Des villes transparentes. Des nouvelles normes d’urbanisme aseptisées cherchent à installer un système panoptique avec lequel l’Etat peut voir en permanence sans être vu, ainsi qu’à empêcher toute possibilité de rassemblement non contrôlé ou de manifestations spontanées.
Des super policiers
Outre la
démultiplication des vigiles privés armés, des milices policières musclées, dotées
de nouvelles armes de pointe (Flashball, Tazers…) ont été mises en place pour intervenir dans la rue
(
Des humains pistés
Des entreprises privées avides de « traçabilité » et de nouveaux marchés ont intégré le contrôle dans notre quotidien et ont cherché à nous le faire accepter par le biais des outils de consommation et de communication censés être indispensables à la vie moderne : GPS, téléphones portables, puces RFID…
La recherche a été asservie à des besoins militaires et des enjeux commerciaux et se consacre à l’heure actuelle à la confection de caméras intelligentes, puces sous-cutanées, drônes, bornes de fichage biométriques, système d’analyse de l’ADN et autres gadgets miniaturisés par le biais des nano et biotechnologies.
Une contestation muselée
Les
possibilités de manifester et de lutter sont de plus en plus mises en danger.
Pour faire taire les solidarités face aux révoltes à l’intérieur des centres de
rétention on a par exemple assisté ces derniers mois à des attaques pénales et
interdictions de manifestations visant les collectifs de soutien aux
sans-papiers. Des militant-e-s engagées dans ces
mouvements ont aussi été incarcérées, suite à des montages policiers fumeux les
accusant de faire partie de fantomatiques organisations clandestines aux visées
terroristes. Une circulaire du ministère de l’intérieur, dénoncée par le
Syndicat de
De quoi ont-ils si peur ?
Plutôt que de chercher des causes dans l’organisation sociale, le gouvernement et une cohorte de pseudo-scientifiques et policiers derrière lui voudraient nous faire considérer que l’on est prédestiné génétiquement à être délinquant, pauvre, suicidaire ou pédophile. La punition obsessionnelle de prétendus « coupables » et la casse des jeunes, des immigrés et des contestataires fait office de solution politique face à la montée des inégalités sociales, des ghettos, de la misère, et de l’absence de perspectives de vie hors de boulots précaires et asservissants.
Si Edvige est dangereux, c’est parce qu’il vient renforcer et compléter un ensemble de formes de contrôle et de mesures répressives et constitue ainsi une brique de plus dans un dispositif global visant à contenir un mal-être et des contestations croissantes et à assurer la sécurité... des gouvernants. De manière générale l’actuelle militarisation forcenée du monde, jusque dans nos contrées occidentales, correspond surtout à un processus désespéré pour maintenir l’exploitation capitaliste et les privilèges des classes dominantes face à la crise économique, aux émeutes de la faim, ou aux conséquences du réchauffement climatique et de la dépossession critique des ressources naturelles.
La campagne
contre Edvige est partie d’associations et syndicats
qui n’ont eu cesse de dénoncer ces dernières années les innovations
sécuritaires et de prévenir la mise en place d’un état policier, Du Syndicat de
Si l’on doit se réjouir de l’ampleur de la réaction actuelle on ne peut néanmoins manquer de s’interroger sur la cohérence et la sincérité de la participation de certains des partis politiques qui prennent le mouvement en marche…
En effet, la mise en place de politiques sécuritaires, la gauche institutionnelle et notamment le PS y ont largement contribué au cours des dix dernières années par une chasse électorale démagogique du côté des terrains traditionnels de la droite et de l’extrême droite en flattant l’électeur du côté de la peur et des fantasmes policiers, disciplinaires et xénophobes. C’est d’ailleurs Michel Rocard qui en 90 avait donné son feu vert à la naissance du dossier des Renseignements Généraux avec un décret permettant notamment la mention des « origines raciales ». Pour ne citer que quelques exemples, nous n’avons pas oublié les Lois de Sécurité Quotidienne votées par un parlement à majorité socialiste en 2001 qui ont élargi le fichage des empreintes génétiques (FNAEG) aux délits mineurs, et augmenté le contrôles des serveurs et communications internet, créé le délit de rassemblement dans les halls d’immeuble ou la prison pour les fraudeurs de transports en commun, pas plus que la volonté de résoudre le problème de la délinquance juvénile par un encadrement militaire, la condamnation des révoltes de 2005 dans les banlieues et de jeunes qualifiés par exemple par M. Rebsamen de « barbares », « qui n’ont pas de civilisation », ou plus généralement la mise en place de contrôles policiers et technologiques accrus dans de nombreuses villes de gauche…
Edvige inquiète-t-il tant parce qu’il est censé toucher aussi les citoyens plus aisés et bien intégrés, des responsables syndicaux ou religieux aux chefs d’entreprise en passant par les animateurs sportifs, alors que la mobilisation est bien moins large quand la répression et le fichage visent en particulier les « classes dangereuses » : pauvres, jeunes des cités, sans-papiers, lycéens et étudiants contestataires, militants de terrain ?
Passée l’attention médiatique et au prix de quelques modifications mineures pour calmer une contestation qui ne verrait pas plus loin qu’Edvige, le gouvernement risque d’avoir de nouveau les mains libres pour faire passer des fichiers similaires sous d’autres formes.
La
pertinence et la force politique du refus d’Edvige tiennent aujourd’hui à notre
capacité de l’inscrire dans une dénonciation globale des politiques
sécuritaires dans lesquelles ce fichier s’imbrique et du système capitaliste
qu’elles cherchent à maintenir coûte que coûte. Elle tient aussi à notre
capacité à désobéir au quotidien et apprendre à déjouer individuellement et
collectivement les diverses formes de contrôle.