Editorial
Franchises médicales et bouclier fiscal, suppression des régimes
spéciaux de retraites à part celui des députés, privatisations, remise en cause
des 35 h, travail le dimanche, chasse aux immigrés, répression tout azimuts,
etc. Et pourtant l’automne n’a pas été très chaud. Il faut dire que les
confédérations syndicales ont parfaitement joué leur rôle de frein aux luttes
sociales. Pour
Le pire est à venir : suppression de ce qu’il reste encore du code du
travail, Allongement du temps de travail pour la retraite, TVA sociale, remise
en cause du droit de grève, etc. Le printemps sera-t-il chaud ? Pour cela il
faudra que la base ne compte que sur elle-même et qu’elle oublie les
corporatismes et l’esprit de boutique. Nul doute que les militants anarchistes
seront présents sur ce terrain.
LE SAVOIR EST UNE ARME, PAS UNE
MARCHANDISE !
Enfin, la
rentrée à la fac a fini par être sociale. On a bien eu peur, un instant, que
les étudiants et personnels trouvent normal et tout naturel que leur fac, leurs
diplômes, leur statut et leur filière soient menacés de disparaître, d'être
regroupés et délocalisés à des centaines de km de leur ville, normal de voir
leur représentation diminuée pour laisser place aux patrons du coin et élus des
collectivités locales, dont on peut soupçonner que leur logique de profit entre
en contradiction avec les intérêts des étudiants (qui sont ceux du savoir et de
la culture, valorisés par des diplômes reconnus partout en France) et avec ceux
du personnel universitaire (on conçoit aisément que le contrat de droit privé,
la flexibilité, la concurrence et le recrutement du personnel au bon vouloir du
président s'opposent à la nécessité d'un service public universitaire gratuit,
libre, critique et ouvert à tous).
Mais non, tout
le monde à la fac n'est pas aveugle et on comprend que cette loi n'est
visiblement pas la solution pour l'université. A la fac de lettres de Besançon,
c'est 82,4 % des étudiants qui souhaitent son abrogation.
Mais, plutôt
que de se remettre en question, il est bien plus efficace pour monsieur S de
fixer l'attention sur la division bloqueurs/antibloqueurs
et les milliers de prises d'otages quotidiennes (on s'est d'ailleurs étonné de
ne voir aucun député venir négocier la libération avec les terroristes...) :
diviser pour mieux régner, toujours ce vieil adage de toutes les pensées
autoritaires.
D'ailleurs il
y en a d'autres qui jouent la division. Un petit test de décryptage des
magouilles politiciennes ? Qui est le grand syndicat étudiant qui a aidé le
gouvernement à passer
Face aux magouilles
politiciennes et aux guéguerres de pouvoir, vive l'autogestion !
Comme l'ont
compris les cheminots, c'est aux gars et aux filles d'en bas de prendre les
décisions. Pratique des anarchistes, la base (l'individu, puis le groupe
d'individus à différentes échelles : étudiants d'une fac, population d'un
quartier, peuple d'un pays) doit rester souveraine et empêcher l'apparition
d'un pouvoir supplantant le sien. Les assemblées générales sont un premier pas
dans l'autogestion et un apprentissage de l'égalité : quels que soient ton
statut, ta place dans l'université, dans l'AG, tu n'es pas un chef et tu n'as
pas de supérieur hiérarchique (par exemple, même le doyen respecte le tour de
parole). L'AG n'est pas réservée à une bande d'agitateurs, « gauchos »,
groupuscules. C'est la seule façon pour les étudiants de s'organiser
collectivement pour lutter. Face aux syndicats non autogestionnaires. L'AG
permet à l'étudiant, au salarié, à l'individu d'exprimer sa voix et de
reprendre son propre pouvoir. D'une manière générale, face à
tout parti, tout dogme, tout Etat, l'autogestion permet de concilier liberté
individuelle et égalité.
L'anarchie est
une pratique avant d'être une théorie, l'autogestion n'est donc pas un cri dans
le vent, mais une réalisation collective permettant l'émancipation de chacun,
et les luttes autogérées sont un moment de réappropriation de notre puissance
d'agir : on peut faire des choses, la volonté prend le pas sur la résignation.
La solidarité contre l'individualisme et l'égoïsme : enjeu d'avenir
Valeur phare
de nos sociétés occidentales, inhérente à l'atomisation des individus dans le
cadre d'économies de marché, l'individualisme pousse à se fermer les yeux et se
boucher les oreilles : « les expulsions, les rafles, les bavures, tout ça je
m'en fous, j'ai mon boulot, ma voiture et ma télé quand je rentre le soir, et
pis le président il m'a dit de bosser plus, donc j'ai pas le temps de me poser
ces questions. Pis il a été élu, l'Nico, donc il doit
avoir raison de faire ce qu'il fait. Après tout les médias sont libres, non ? »
Face à ce
repli sur soi, sur sa communauté, sa nation, avancer la solidarité comme valeur
forte de nos luttes et comme trait de caractère fort de chacun est nécessaire.
Lutter contre
Une réforme ? Une révolution pour la fac !
Vous l'aurez
compris, être contre ne suffit pas. Le savoir est une arme contre les préjugés,
la bêtise, la barbarie. Il est donc nécessaire que tout le monde ait accès au
savoir à quelque niveau que ce soit (école, collège, lycée, fac et après aussi,
l'apprentissage est continu tout au long de la vie). Des revendications comme
le revenu garanti pour tous les étudiants, un service public du logement, de
l'éducation, un temps de travail réduit pour se laisser du temps pour se
cultiver et apprendre, des lieux de savoir et de culture (plutôt que des
prisons et des centres commerciaux) doivent être avancées dans nos luttes afin
que le « résister c'est créer » prenne le pas sur le « vote et ferme ta gueule
».
L'éducation en
tant que projet global d'émancipation individuelle et sociale est une démarche
inhérente aux «doctrines »" anarchistes et totalement intégrée aux
démarches des libertaires. L'éducation est bel et bien le facteur d'évolution
alors le plus important à nos yeux. C'est elle qui, comme l'a développé Elisée
Reclus dans L'évolution, la révolution et l'idéal anarchique, permettra que les
révolutions soient « faciles et pacifiques ».
De la fac à la rue, changeons de monde !
Nécessité il y
a de reconstruire une éducation visant au développement et à l'éducation de
chacun, double nécessité il y a alors d'accompagner cet élan dans toutes les
dimensions de nos vies, la logique de profit de l'entreprise étant forcément
conflictuelle à une logique d'émancipation individuelle et sociale… On ne vous
demande pas de réfléchir, on vous demande de produire plus et plus vite !
En passant
d'une lutte à plusieurs luttes (la solidarité facilite cette convergence : d'où
le soutien aux sans-papiers, etc.) et d'une assemblée générale dans une fac à
des assemblées de quartiers, à des assemblées populaires (comme à Oaxaca au
Mexique), en généralisant les pratiques autogestionnaires, en diversifiant nos
luttes et nos moyens d'actions, en étendant les mouvements sociaux à la grève
générale, en développant des projets de coopératives libertaires, en ouvrant
des lieux autogérés, nous pouvons ébranler ce système obsolète et construire de
la base un nouveau monde qui prenne le pas sur l'Etat et les entreprises. Il
est juste question d'ouvrir les yeux et d'agir.
CONTRE LE BRUIT DES BOTTES ET LE SILENCE DES PANTOUFLES :
RESISTER C'EST CREER !