Editorial

 

Une nouvelle année commence. La première de l’ère Sarkozy dont les premières mesures montrent bien quels sont les intérêts qu’il défend. Cadeaux au patronat et aux plus riches d’un côté, de l’autre franchises médicales, privatisation, remise en cause implicite du droit de grève, casse du service public en attendant la TVA sociale après les élections municipale. Face à cette politique, les réactions sont pour le moins faibles. Les démocrates ont joué et perdu, ils attendent 2012 pour essayer de prendre leur revanche. Pour nous, c’est dans la rue qu’il s’agit de lutter afin de faire plier ce pouvoir et, pour cela, il s’agit de démontrer que des alternatives au capitalisme et à la démocratie parlementaire sont possibles. Pour nous, c’est le socialisme autogestionnaire, basé sur l’égalité économique et sociale. Le moyen pour y parvenir, la grève générale autogestionnaire et expropriatrice. Venez en débattre à la librairie lautodidacte.org.

 

 

SURREALISME ET ANARCHISME

 

La rentrée est arrivée et avec elle un nouveau gouvernement réactionnaire contre lequel il va falloir lutter sans relâche ! Une nouvelle occasion de vous parler un peu de révolution, et même de deux révolutions qui ensemble n’en forment qu’une : la révolution anarchiste et la révolution surréaliste.

Ce qu’ils sont

Pour commencer, voici ce qu’a écrit, au début des années 1950, André Breton, leader du mouvement surréaliste, à propos de l’époque à laquelle naquit ce mouvement (1924) : « Pourquoi une fusion organique n’a-t-elle pas pu s’opérer à ce moment entre éléments anarchistes proprement dits et éléments surréalistes ? J’en suis encore vingt-cinq ans après à me le demander … » Cela vous donne une idée des liens étroits qui unissent les deux mouvements.

Mais que sont-ils ? Qu’est-ce que l’anarchisme ? C’est à la fois un idéal politique (liberté, égalité et autogestion), la voie pour y parvenir et un mode de vie (insoumission individuelle et collective, liberté créatrice). Qu’est-ce que le surréalisme? Est-ce simplement un mouvement littéraire et artistique qui s’élève contre les conventions morales, sociales et logiques et qui prône la révolution au nom du désir, du rêve et de la liberté ? Pas seulement. Il a une vision du monde, une essence. Le surréalisme, c’est la révolte de l’être humain contre toute transcendance (que ce soit la religion ou la raison outrancière), contre toutes les conventions et surtout, c’est la quête de cette « surréalité » cachée autour de nous, au plus profond de nous-mêmes, et qui n’a rien de spiritualiste mais qui est tout simplement une nouvelle vision, plus poétique (plus érotique, parfois) des choses. C’est explorer l’inconscient humain et ses désirs, c’est dévoiler des choses, « le fonctionnement réel de la pensée » avec l’automatisme (sans aucune préoccupation esthétique ou morale). « Le surréalisme n’est pas une forme poétique, proclame un tract du groupe surréaliste. Il est un cri de l’esprit qui retourne vers lui-même et est bien décidé à broyer ses entraves, et au besoin, par des marteaux matériels. » « Il y a un autre monde, écrit Paul Eluard, mais il est dans celui-ci.» Le surréalisme, c’est la synthèse des fausses antinomies (subjectif/objectif, rêve/sommeil…).

Ce qui les rapproche

Tout d’abord, la liberté tient une place essentielle dans les deux mouvements. L’individu est en bonne place que ce soit dans l’anarchisme qui le considère comme l’entité de base de l’organisation sociale ou dans le surréalisme qui voit en lui la plus formidable caverne de désirs et le plus libre créateur.

Ensuite, le surréalisme est on ne peut plus anticonformiste. Il s’oppose à tout obstacle aux désirs et à la liberté, que ce soit l’armée, la prison, les HP, l’école, la religion, le travail (en tant que « vertu morale »), la morale sexuelle, le rationalisme à outrance, la logique… il voudrait tout à la fois « transformer le monde » (Karl Marx) et « changer la vie » (Arthur Rimbaud). Il s’oppose à « l’art pour l’art », lui donnant une place des plus élevées : l’expression de la révolte et l’instrument de la révolution. Mais attention ! Pas d’engagement à la Victor Hugo, non ! La forme, l’essence-même de l’œuvre constitue son potentiel révolutionnaire. Elle remet tout en cause, elle transgresse tout, sans forcément le dire explicitement. Rien ne doit troubler la liberté de création. « La poésie engagée n’existe pas, ou alors, ce n’est plus de la poésie, mais de la publicité », écrit Benjamin Péret. Et puis il y a l’écriture (et le dessin) automatique : le meilleur et le plus révolutionnaire des moyens pour explorer les profondeurs de notre inconscient. Breton a même défini le surréalisme comme un « automatisme psychique pur » qui se propose de dévoiler « le fonctionnement réel de la pensée », en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.

Culte de la liberté, opposition aux conventions, à la religion, au rationalisme scientiste et positiviste (plus que dangereux pour la liberté qu’elle soit sociale, individuelle ou créatrice), au capitalisme… voilà autant de points communs entre l’anarchisme et le surréalisme, qui se révèlent être deux mouvements révolutionnaires à part entière. N’oublions pas non plus que le surréalisme voue un culte à la rébellion. Pour lui, « c’est la révolte même, la révolte seule qui est créatrice de lumière ». La liberté est chez les surréalistes comme chez les anarchistes fièrement escortée par l’amour et la révolte.

Un peu d’histoire

1924 : Manifeste du surréalisme.

1927 : La majorité des membres du groupe adhère au Parti Communiste Français. Certains surréalistes refusent cette adhésion à la galère marxiste, autoritaire, disciplinaire et étatique. Les surréalistes ont rejoint le PCF par soucis d’efficacité, parce qu’ils y voyaient le moyen le plus accessible de faire la révolution. Mais ils y sont mal vus et finissent par être exclus du PCF avant de condamner l’URSS (ils n’ont jamais été staliniens) en tant qu’état bureaucratique, totalitaire et n’ayant rien de communiste. Ils critiquent aussi le « réalisme socialiste », le qualifiant (à juste titre) de « vent de crétinisation systématique ».

1935 : Rupture officielle entre le PCF et les surréalistes (certains comme Eluard et Aragon renièrent le surréalisme pour rester au PCF). Les surréalistes vont alors se rapprocher du trotskysme. Breton rencontre Trotsky mais l’autoritarisme marxiste est incompatible avec le surréalisme qui condamne désormais l’Etat, prolétarien ou non. Nouvelle rupture… L’anarchisme semble de plus en plus être la seule face à visage humain du prisme socialiste.

1951 : Après un bref intérêt poussé pour les utopistes (Fourrier), les surréalistes se rapprochent des anarchistes. Ils collaborent de façon régulière au journal Le libertaire, organe de la Fédération Anarchiste d’alors. Ce travail en commune est très fructueux. Les surréalistes se retrouvent sur bien des points avec les anarchistes. Malheureusement, début 1953, un désaccord entre le groupe surréaliste et la FA à propose de L’homme révolté de Camus entraîne une nouvelle rupture.

1969 : Le groupe surréaliste se dissout… mais certains membres l’ont reformé à Paris. Aujourd’hui, le surréalisme qui a profondément marqué le monde littéraire, artistique et social compte toujours de nombreux partisans à l’étranger et le groupe parisien a repris contact avec la FA et collabore au Monde libertaire, journal de la Fédération.

En 1966, lors de la mort d’André Breton, Le Monde libertaire titrait : « André Breton est mort, Aragon est vivant, c’est un double malheur pour la pensée honnête. »

Le surréalisme et l’anarchisme sont ancrés dans notre révolte, dans notre inconscient.

Vive l’anarchisme. Vive le surréalisme. Vive la révolution.

Adresses utiles :

Site internet du groupe surréaliste parisien : http://www.surrealisme.ouvaton.org

Editions surréalistes : 122 rue des couronnes, 75 020 Paris.