Edito

 

Le gouvernement français criminalise le mouvement social et décrète l’état d’urgence pour les banlieues. Qui sème la misère récolte la colère. A force d’ignorer que c’étaient des humains qui vivaient dans ces cités dortoirs construites à la va-vite hors des villes ou furent parqués les immigrés et les pauvres, ces cités où il n’y a aucun espace de socialisation, qu’il soit privé ou public, pour se retrouver, ces cités où le chômage est le quotidien des adultes et le devenir des enfants, il n’était pas nécessaire d’être sociologue ou devin pour prévoir ce qui se passe aujourd’hui. Quand on nie l’individu à ce point il est naturel qu’il se révolte. Ce qui nous étonne, c’est que ce ne soit pas arrivé plus tôt. Quand les politiques se scandalisent du non respect des jeunes de banlieue pour les institutions républicaines, ils semblent oublier que la République ne les a guère pris en considération depuis des décennies. Mais au fil de déconvenues électorale et de provocations du Ministre de l’intérieur, l’irréparable est arrivé. Ces êtres marginalisés, bafoués et sans cesse montrés du doigt se sont révoltés spontanément. Cette révolte, ce sont les politiques qu’il l’ont provoquée en semant la misère, en ghettoisant ces quartiers aux portes des grandes villes. Les responsables ce sont bien ceux qui ont permis la construction de telles « cités » et ceux qui ont laissé se dégrader les conditions de vie de ces populations en ne leur apportant pas l’aide et le soutien dont elles avaient besoin (en supprimant par exemple toutes les aides aux associations). Tout ne se règlera pas tant que les espoirs des jeunes de ces cités seront la célébrité acquise lors des émissions de télé réalité et la société du spectacle qu’on leur diffuse à longueur de chaînes. C’est dans ce contexte que le Premier Ministre donne la possibilité aux Préfets d’utiliser une loi de 1955 qui permet d’appliquer l’état d’urgence s’ils le souhaitent. Aucune des mesures annoncées ce lundi 7 novembre ne permettra de rétablir le lien social coupé depuis bien des années. Exigeons le retrait des forces répressives, le retrait et l’abrogation des mesures d’urgence et des lois d’exception, l’arrêt des poursuites judiciaires contre les jeunes révoltés, la libération de toutes les personnes emprisonnés ainsi que la lumière sur les circonstances de la mort de Ziad Benna et Bouna Traoré.

 

 

QUAND SARKOZY RIME AVEC VICHY

 

L’Europe aussi a son mur

Nous avons encore tous en tête les images choc de milliers d’émigrants de fortune prenant d’assaut les frontières espagnoles des villes enclaves de Ceuta et Melilla. Ces personnes que le désespoir conduit aux portes de l’Europe sont prêtes à tout, au péril de leurs vies, car si l’Europe consent à garder des résidus coloniaux bien placés en Afrique, elle n’a pas l’intention pour autant d’accueillir toute la misère du monde. C’est donc aux portes de l’Europe que les étrangers sont priés de rester. Et, pour le leur rappeler, des murs de 8 mètres de haut, des barbelés, des tranchés et, comme la misère mène à tout, même à la rébellion organisée, des soldats avec consigne de tirer sur tout ceux qui parviendraient à franchir la frontière.

Mais que viennent donc chercher tout ses gens chez nous qui vaut plus que leurs vies ? Mais pourquoi ne restent-ils pas chez eux ? La réponse à ces questions, au risque d’être un peu simpliste, pourrait sûrement être la survie. Car chez eux, on crève de faim (que feriez-vous si la nourriture manquait à vos enfants ?), de guerre (et si des voisins frappaient à votre porte la machette à la main ?); d’épidémie (et si même l’amour devenait dangereux ?). Dans ces pays, en un mot, on crève de misère. Mais que fait l’Europe face à ce fléau ? Elle soigne ? Elle nourrit ? Elle protége ? Non, elle pille (et ce sont les images du reportage « le cauchemar de Darwin » qui nous viennent en tête) et ferme ses frontières.

Et dans le pays des droits de l’Homme ?

La politique menée en France, si elle fait moins la une des journaux, est de plus en plus répressive. Pour preuve, cet extrait de lettre adressée par Sarkozy aux préfets : « Lors de notre dernière rencontre, je vous ai fixé des objectifs chiffrés, en vous demandant de procéder, au minimum, à 23 000 éloignements d’étrangers en situation irrégulière cette année. Je constate qu’à la fin du mois d’août, 12 849 étrangers avaient fait l’objet d’une mesure effective d’éloignement : sur huit mois, 56 % des objectifs ont été atteints. Il vous reste donc cinq mois pour accentuer l’effort. J’observe d’ailleurs que, d’une préfecture à l’autre, les résultats sont inégaux. »

Vous remarquerez qu’en France on n’expulse pas, on éloigne !

Sur les plates-bandes de Le Pen ou sur les traces de Papon ?

On éloigne après avoir raflé. Depuis plusieurs mois, de nombreuses rafles policières ont lieu dans les quartiers populaires. Un périmètre est bloqué par la police sur réquisition du procureur et l’opération commence : les flics investissent les boutiques, les cafés, raflent au faciès tous ceux qui ne font pas « France bon teint », direction un centre de rétention où les étrangers en situation irrégulière sont jugés sur place avant d’être expulsés.

Monsieur kärcher, adepte comme son ami Bush de la tolérance zéro espère, avec cette politique, rogner quelques voix chez les électeurs du Front national, qui lui seront bien utiles lors des prochaines présidentielles.

Il rappelle surtout des heures sombres de l’histoire de France. Papon peut être tranquille. La succession est assurée.

Ces agissements ne semblent pas intéresser la gauche française, obnubilée qu’elle est par les prochaines présidentielles. Il faut bien dire qu’aux affaires, elle ne fut pas non plus particulièrement accueillante. Tout le monde se souvient de la promesse faite par Jospin de régulariser les sans-papiers, oubliée aussitôt une fois au pouvoir.

Les collectifs de sans-papiers savent bien, qu’à part quelques groupes d’extrême-gauche, ils ne doivent compter que sur eux-mêmes.

Liberté de choix ?

Nous pourrions en conclusion de notre analyse clamer haut et fort que nous sommes pour l’abolition des frontières et pour la libre circulations de tous les individus. Et cela serait vrai. Mais, dans le contexte actuel, il nous semble plus important de revendiquer la liberté de choix : pouvoir choisir de vivre où nous en avons envie et avoir les moyens de le faire.

Or les inégalités Nord Sud ne laissent que peu de choix aux populations les plus démunies. Et faire de l’Europe un Etat forteresse n’est pas une solution. Créer des ghettos banlieues dans lesquelles on stockerait sous haute surveillance les émigrés « utiles » non plus.

Seule la prise en considération de tous les êtres humains comme des êtres égaux avec les mêmes droits et les mêmes chances est une solution.