Edito
Le
gouvernement français criminalise le mouvement social et décrète l’état
d’urgence pour les banlieues. Qui sème la misère récolte la colère. A force
d’ignorer que c’étaient des humains qui vivaient dans ces cités dortoirs
construites à la va-vite hors des villes ou furent parqués les immigrés et les
pauvres, ces cités où il n’y a aucun espace de socialisation, qu’il soit privé
ou public, pour se retrouver, ces cités où le chômage est le quotidien des
adultes et le devenir des enfants, il n’était pas nécessaire d’être sociologue
ou devin pour prévoir ce qui se passe aujourd’hui. Quand on nie l’individu à ce
point il est naturel qu’il se révolte. Ce qui nous étonne, c’est que ce ne soit
pas arrivé plus tôt. Quand les politiques se scandalisent du non respect des
jeunes de banlieue pour les institutions républicaines, ils semblent oublier
que
QUAND SARKOZY RIME AVEC
VICHY
L’Europe
aussi a son mur
Nous
avons encore tous en tête les images choc de milliers d’émigrants de fortune
prenant d’assaut les frontières espagnoles des villes enclaves de Ceuta et
Melilla. Ces personnes que le désespoir conduit aux portes de l’Europe sont
prêtes à tout, au péril de leurs vies, car si l’Europe consent à garder des
résidus coloniaux bien placés en Afrique, elle n’a pas l’intention pour autant
d’accueillir toute la misère du monde. C’est donc aux portes de l’Europe que
les étrangers sont priés de rester. Et, pour le leur rappeler, des murs de
Mais
que viennent donc chercher tout ses gens chez nous qui vaut plus que leurs vies
? Mais pourquoi ne restent-ils pas chez eux ? La réponse à ces questions, au
risque d’être un peu simpliste, pourrait sûrement être la survie. Car chez eux,
on crève de faim (que feriez-vous si la nourriture manquait à vos enfants ?),
de guerre (et si des voisins frappaient à votre porte la machette à la main ?);
d’épidémie (et si même l’amour devenait dangereux ?). Dans ces pays, en un mot,
on crève de misère. Mais que fait l’Europe face à ce fléau ? Elle soigne ? Elle
nourrit ? Elle protége ? Non, elle pille (et ce sont les images du reportage «
le cauchemar de Darwin » qui nous viennent en tête) et ferme ses frontières.
Et
dans le pays des droits de l’Homme ?
La
politique menée en France, si elle fait moins la une des journaux, est de plus
en plus répressive. Pour preuve, cet extrait de lettre adressée par Sarkozy aux
préfets : « Lors de notre dernière rencontre, je vous ai fixé des objectifs
chiffrés, en vous demandant de procéder, au minimum, à 23 000 éloignements
d’étrangers en situation irrégulière cette année. Je constate qu’à la fin du
mois d’août, 12 849 étrangers avaient fait l’objet d’une mesure effective
d’éloignement : sur huit mois, 56 % des objectifs ont été atteints. Il vous
reste donc cinq mois pour accentuer l’effort. J’observe d’ailleurs que, d’une
préfecture à l’autre, les résultats sont inégaux. »
Vous
remarquerez qu’en France on n’expulse pas, on éloigne !
Sur
les plates-bandes de Le Pen ou sur les traces de
Papon ?
On
éloigne après avoir raflé. Depuis plusieurs mois, de nombreuses rafles
policières ont lieu dans les quartiers populaires. Un périmètre est bloqué par
la police sur réquisition du procureur et l’opération commence : les flics
investissent les boutiques, les cafés, raflent au faciès tous ceux qui ne font
pas « France bon teint », direction un centre de rétention où les étrangers en
situation irrégulière sont jugés sur place avant d’être expulsés.
Monsieur
kärcher, adepte comme son ami Bush de la tolérance
zéro espère, avec cette politique, rogner quelques voix chez les électeurs du
Front national, qui lui seront bien utiles lors des prochaines présidentielles.
Il
rappelle surtout des heures sombres de l’histoire de France. Papon peut être
tranquille. La succession est assurée.
Ces
agissements ne semblent pas intéresser la gauche française, obnubilée qu’elle
est par les prochaines présidentielles. Il faut bien dire qu’aux affaires, elle
ne fut pas non plus particulièrement accueillante. Tout le monde se souvient de
la promesse faite par Jospin de régulariser les sans-papiers, oubliée aussitôt
une fois au pouvoir.
Les
collectifs de sans-papiers savent bien, qu’à part quelques groupes d’extrême-gauche, ils ne doivent compter que sur eux-mêmes.
Liberté
de choix ?
Nous
pourrions en conclusion de notre analyse clamer haut et fort que nous sommes
pour l’abolition des frontières et pour la libre circulations de tous les
individus. Et cela serait vrai. Mais, dans le contexte actuel, il nous semble
plus important de revendiquer la liberté de choix : pouvoir choisir de
vivre où nous en avons envie et avoir les moyens de le faire.
Or
les inégalités Nord Sud ne laissent que peu de choix aux populations les plus
démunies. Et faire de l’Europe un Etat forteresse n’est pas une solution. Créer
des ghettos banlieues dans lesquelles on stockerait sous haute surveillance les
émigrés « utiles » non plus.
Seule
la prise en considération de tous les êtres humains comme des êtres égaux avec
les mêmes droits et les mêmes chances est une solution.