Edito
Battisti infos, suite… Réunie le 12 mai
dernier, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris rendra son
verdict au sujet de la demande d’extradition de Cesare Battisti
le 30 juin prochain.
Le soutien à Cesare ne doit
pas se relâcher face à une campagne de presse de plus en plus odieuse. Avant la
fin du mois de juin, le groupe Proudhon organisera une réunion publique en
soutien à Battisti associé à d’autres structures
soutenant Cesare. Ni la date ni l’intervenant ne sont encore définis.
Mais nous pouvons d’ores et
déjà vous confier à la rediffusion du film Résistances, en présence du
réalisateur, qui sera diffusé le samedi 22 mai à 16 h, salle Proudhon, dans le cadre
du 7e festival des littératures policières, noires et sociales.
Prison :
pourquoi il faut récidiver…
la lecture
de FOUCAULT ?
Sachant que la prison est un grand « bateau » :
Que le nombre de personnes emprisonnées a fortement
augmenté depuis 10 ans
ce nombre est passé de 40 000 à plus de 60 000.
Que la moyenne des peines est de 8 mois (toutes peines
confondues) ,
Que 54 % des prisonniers vivent en dessous du seuil de
pauvreté,
Que le taux de suicide est 7 fois supérieur en prison
que dehors,
Que le taux de récidive augmente avec les
incarcérations par détenu …
Quel doit être l’âge du capitaine pour faire naviguer ce bateau ?
A l’heure où la construction de nouveaux centres d’enfermement, prisons ou autres centres pour les jeunes, ou encore pour les étrangers sans papiers, relire Foucault Surveiller et punir (1975) n’est pas sans intérêt. D’une part, au strict plan historique, Foucault montre dans son livre que la prison n’a pas toujours existé, mais qu’elle est née à un moment bien déterminé et pour des raisons extrêmement précises, d’ordre économique, social et politique. Mais, d’autre part, au plan militant, ce qui se profile aussi dans cette histoire, c’est l’effacement, inéluctable à terme, de cette institution.
Mais là où l’on pouvait espérer dans les années 80 avec Foucault une remise en question de la prison, nous assistons aujourd’hui à l’effet inverse et à un développement d’une société qui devient elle-même de plus en plus carcérale, par un contrôle permanent de ses sujets*. D’où l’importance de relire ce philosophe.
La prison succède à l’ère des supplices, c’est-à-dire à la pénalité de l’Ancien Régime. Foucault montre que, contrairement à une idée très répandue, la pénalité des supplices ne disparaît pas à l’époque des Lumières parce qu’on commencerait alors à trouver ces châtiments inutilement cruels et barbares. La prison naît plutôt parce qu’on a besoin d’une nouvelle pénalité pour un nouveau type d’illégalismes, issus d’une mutation économique. Ce terme d’« illégalismes » est une invention assez géniale de Foucault, car il sert clairement à éviter le mot « délinquance », très usité de nos jours, celle-ci renvoyant à une « nature » prédélinquante, reconnaissable à certains signes. Il y a, explique Foucault, de multiples formes d’illégalismes que les sociétés gèrent de manière différentielle. Or, ce qu’on a appelé « délinquance » en focalise seulement une partie : en sont exclus la délinquance d’affaires, les trafics d’armes, les fraudes fiscales, les trafics d’influence, etc.
L’une des thèses les plus célèbres de Surveiller et punir est celle de l’échec de la prison. Etrangement, dire que la prison échoue rallie tous les suffrages : détenus, surveillants, magistrats, travailleurs sociaux…, et ceci depuis l’origine. Mais Foucault pose alors une question autrement dérangeante : à quoi sert l’échec de la prison ? Pourquoi, si la prison échoue, la reconduit-on sans cesse ? C’est que cet échec a aussi une utilité : en fin de compte, on a besoin de la délinquance, à plusieurs niveaux, mais surtout à un niveau « idéologique » et politique. « La prison, dira Foucault, n’est donc pas un inhibiteur de délinquance ou d’illégalisme, c’est un redistributeur d’illégalisme ».
Le traitement politique d’une insécurité et d’une précarité sociales généralisées vise à transformer des classes sociales en danger en classe dangereuses.
Comment penser autre chose que la prison : Comment ? D’abord et toujours en faisant savoir. La prison, dit Foucault, est l’une des zones obscures, l’une des « cases noires de notre société » : une zone de non-droit. Elle est « l’illégalisme institutionnalisé ». Travailler à faire reculer cet illégalisme et à rendre cette institution plus transparente constitue une tâche modeste mais prioritaire. Toutefois Foucault restera ferme sur l’idée que cette revendication de droit ne peut qu’être celle des détenus eux-mêmes. Mais on ne saurait, en conséquence, se contenter de l’idée qu’il suffirait que l’état injecte d’en haut du droit dans l’institution, ou construise de nouvelles prisons, pour que nous soyons exemptés de réflexion.
Toutefois ce vaste débat, récurrent depuis l’origine, semble aujourd’hui sans objet et chacun semble accepter ou se résigner à ce qu’il y ait des prisons. C’est à cela, justement, que peut servir l’œuvre de Foucault aujourd’hui : à relancer ces interrogations fondamentales et à critiquer ce qu’il nomme « l’évidence de la prison ».
* A
cette lecture de Foucault il faudrait ajouter entre autres Loïc Waquant, les prisons de la misère, ou encore Laurent Bonelli, La machine à punir, ou Jacques Lesage de la Haye, La guillotine du sexe…