Edito
Battisti
infos… Cesare Battisti a été remis en
liberté sous contrôle judiciaire mercredi 3 mars par la Cour d’appel de Paris.
La date d’examen de la demande d’extradition a été fixée au 7 avril prochain.
La mobilisation ne doit pas s’arrêter. Elle doit s’intensifier jusqu’au rejet
de la demande d’extradition et, plus largement jusqu’à l’obtention d’un
engagement par le pouvoir actuel de ne pas remettre en cause la situation de
tous les réfugiés italiens. Continuez à signer la pétition (déjà 20 000 signatures)
sur http://www.mauvaisgenres.com. La version papier est disponible à la
librairie l’Autodidacte.
L’insécurité, prétexte à de
nouvelles lois liberticides
Un
climat sécuritaire déjà ancien
Nous avons déjà évoqué à de multiples reprises dans La Mauvaise Graine les fausses solutions et vrais mensonges développés par nos gouvernants concernant l’insécurité et les moyens d’y remédier.
Thème principal de la dernière élection présidentielle et de nombreuses campagnes médiatiques, l’insécurité combattue est évidemment celle des dealers, voleurs et autres délinquants du même genre. Les magouilles des politicards et patrons, l’insécurité perpétuelle que le capitalisme fait courir sur nos vies (guerres, chômage, destruction de la nature, etc.) ne sont que peu concernées.
Sarkozy nous avait déjà pondu les Lois de Sécurité Intérieure (LSI) qui, entre autres réjouissances, permettent aux flics de fouiller les voitures, interdisent les attroupements en bas des immeubles et criminalisent le mouvement social.
Perben
II, des lois liberticides supplémentaires
Signalons tout d’abord que ces nouvelles lois ne seront théoriquement appliquées que dans les cas de grande criminalité en bande organisée. Gageons toutefois qu’elles seront plus tard généralisées à d’autres fins utiles, comme la répression des luttes contestataires. Enfin, le concept de bande organisée est tellement flou (à partir de 2 personnes) que même le Conseil constitutionnel l’a jugé ambigu.
Les lois Perben II permettent aux flics de perquisitionner la nuit, ce qu’ils n’avaient pas le droit de faire auparavant, de rémunérer les indicateurs (ce qui était déjà pratiqué illégalement). Ils peuvent dorénavant infiltrer des réseaux (par exemple se faire passer pour un dealer de cocaïne), ont plus de facilités pour effectuer des écoutes téléphoniques et, cerise sur le gâteau, sont autorisés à brancher des micros dans les lieux privés, c’est-à-dire essentiellement les logements.
Comme si cela ne suffisait pas, la durée maximale de la garde à vue passe de 48 à 96 h, comme c’était le cas pour les affaires de terrorisme et de stupéfiants. De plus, l’avocat ne sera présent qu’à partir de la 20e heure (alors que les socialistes l’avaient autorisé à intervenir dès la fin de la première heure).
Deux autres mesures de Perben sont encore plus inquiétantes. La première est inspirée du système judiciaire italien. Les repentis, si leurs informations facilitent l’arrestation d’autres criminels, verront leur peine réduite. Cette incitation à la délation proposée à des individus au pied du mur va sûrement favoriser de nouvelles « erreurs » judiciaires. L’autre mesure, connue sous le nom de plaider coupable est, quant à elle, dans la droite ligne du système américain. Elle a été aussi désapprouvée par le Conseil constitutionnel, dans sa forme uniquement, et par l’ensemble des avocats. Comme son nom l’indique, la personne ayant commis un délit passible d’une peine de moins de cinq ans aura le loisir de plaider coupable pour ce qui lui est reproché. En échange, elle évitera un procès et verra également sa peine allégée.
Signalons qu’aux USA cette disposition judiciaire fait que des innocents plaident coupable sur les conseils de leurs avocats, afin d’éviter un procès incertain et onéreux.
Des conséquences sociales désastreuses
Ce tournant répressif et sécuritaire à tout crin n’augure rien de bon pour l’avenir. Alors que des hôpitaux ferment, que les postes offerts aux CAPES sont réduits d’un tiers par rapport à l’année dernière, 1 300 places de prison supplémentaires sont construites et des emplois de flics et de matons sont créés.
Comme le soulignent ces derniers temps les médias, rappelons un peu la situation catastrophique des prisons françaises, où le taux de surpopulation est en moyenne de 125 % (60 000 détenus pour 48 000 places).
La société concoctée par Raffarin, Sarkozy et ses sbires s’apparente à un mélange bâtard entre l’exemple américain (1,5 millions de détenus, soit un détenu pour 200 personnes contre un détenu pour 1 000 personnes en France) et 1984 d’Orwell.
Si nous ne réagissons pas
rapidement par un mouvement social d’envergure et fédérateur contre ces lois
liberticides qui sont le corollaire d’une libéralisation économique accrue,
l’avenir ne nous réserve rien de bon.