Editorial
Depuis plusieurs semaines, comme d’autres en France, la faculté de lettres de Besançon est en effervescence. La raison en est le plan LMD (licence master doctorat), qui supprime de fait le DEUG et la maîtrise, ainsi que la régionalisation de l’enseignement supérieur, deux réformes qui rendent l’université encore plus inégalitaire et élitiste qu’elle ne l’est déjà. Après plusieurs jours de grève, la majorité des étudiants ont décidé de bloquer la faculté, événement assez rare et qui traduit un durcissement des méthodes revendicatives.
Les anarchistes sont de tout cœur avec ce juste mouvement, qui a de plus la qualité de ne pas être récupéré par le syndicat UNEF, proche du parti socialiste qui est en partie responsable de ces réformes…
DÉFAITES VOS IDÉES TOUTES FAITES SUR L’ANARCHISME !
Pour beaucoup, l’anarchisme représente le chaos et l’inorganisation. Cette image faussée véhiculée par les médias et le vocabulaire courant ne reflète en rien la pensée anarchiste.
S’il est vrai qu’à la différence des autres courants socialistes, les anarchistes sont anti-étatistes, cela ne veut pas dire que nous rejetons toute forme d’organisation sociale. En effet seule la destruction de l’état, qui est par nature liberticide, inégalitaire et répressif, permettra à l’être humain d’évoluer vers la libre association d’individus libres et égaux.
Hormis ce refus de l’Etat, les anarchistes sont également contre la domination capitaliste et les oppressions morales. C’est pourquoi nous sous opposerons toujours au racisme, au nationalisme, au sexisme et autres morales religieuses.
Mais les anarchistes ne sont en rien des anti-tout viscéraux, cela n’étant pas vraiment constructif…
L’anarchisme, c’est aussi et surtout le projet d’une société plus libre et plus juste, des luttes et une éthique.
Nous avons vu précédemment que les anarchistes rejetaient l’Etat et voulaient le remplacer par une société basée sur la libre association d’individus égaux et responsables, par le biais de contrats réciproques librement consentis.
Cette autre façon d’organiser la société s’appelle le fédéralisme libertaire : elle est indissociable de l’autogestion, c’est-à-dire la prise en main concrète et quotidienne de toutes les sphères de la vie en collectivité.
Le fédéralisme libertaire est organisé à la fois verticalement (de bas en haut, de la plus petite unité à la plus grande) et horizontalement (quartiers, communes, régions etc.) ; il permet de coordonner les différents niveaux de la vie sociale : production, distribution, santé, transports, culture, information…
Le projet de société anarchiste, de surcroît, n’est pas un dogme mais une pensée évolutive et pluraliste, fondée sur les actions de ses militants.
Les deux dernières actions portées par la majorité des organisations libertaires ont été la CLAAAC (convergence des luttes anti-autoritaires et anti-capitalistes) contre le G8 d’Annemasse du 28 mai au 3 juin 2003, et le FSL (Forum social libertaire) qui s’est tenu du 11 au 16 novembre 2003, parallèlement au très médiatisé FSE (Forum social européen) du mouvement dit « alter-mondialiste ».
Dans les deux cas, plusieurs milliers de personnes ont été réceptives à notre discours résolument anti-capitaliste et libertaire, qui n’a rien à voir avec le simple aménagement du capitalisme prôné par ATTAC et consorts, afin que ce dernier devienne bon, à « visage humain » et donc… acceptable !
Outre ces actions d’éclats, les anarchistes luttent aussi quotidiennement pour qu’un monde meilleur apparaisse, que ce soit avec les salariés, les chômeurs, les féministes et tous les autres révoltés de notre société inique.
Enfin, l’anarchisme c’est une éthique qui repose sur le respect de l’individu et de la parole donnée, la solidarité ainsi que sur la notion très importante pour nous que les moyens utilisés doivent toujours être en adéquation avec la fin visée.
Alors, toi aussi, sème ta mauvaise graine !