Editorial
Papon
est libre ! La tolérance zéro, c’est bon pour les gamins de banlieue, pour les
militants du mouvement social et maintenant pour ceux qui ont commis la faute,
dans les années 70 en Italie, de lutter pour l’éclosion d’un monde meilleur.
Paolo Persichetti a été remis aux flics de Berlusconi et de ses acolytes
fascistes. De nombreux autres militants italiens risquent le même sort, alors
qu’ils ont refait leur vie en France où ils étaient protégés depuis 1983 à
condition d’avoir rompu avec le terrorisme.
Une
mobilisation sérieuse s’impose pour empêcher Perben de livrer ces militants au
pouvoir italien !
Le capitalisme, n’en doutons plus, est un système des mieux rodés, un dixième de la population asservissant les neuf dixièmes restant. Neuf dixièmes de laissés pour compte, de sans-papiers, de sans ressources ou assujettis par un salaire de misère.
Le décor est posé. On comprend mieux pourquoi un des piliers du système capitaliste est la défense, pas la sécurité (comme on voudrait si souvent nous le faire croire). Nous ne sommes plus ici dans une logique dissuasive mais bien dans une logique de défense offensive des intérêts capitalistes, et tous les moyens sont bons : la police, l’armée, la justice, la vidéo-surveillance à un niveau national, l’ONU, le FMI pour s’assurer une emprise politique et économique sur les pays « sous-développés », puis, comme dernier recours, la guerre, rendue possible et même nécessaire par la production et la vente d’armes..
Après le 11 septembre, la répression est en train de se durcir. Sous couvert de nous défendre contre les méchants intégristes, les USA et leurs valets ont lancé une grande offensive pour la sauvegarde de leurs intérêts.
Nous avons analysé ces lois, principalement celles concernant la France, intitulée loi de sécurité quotidienne (LSQ), dans une Mauvaise graine au début de l’année. On annonçait alors qu’elles étaient principalement destinées à lutter contre les mouvements sociaux.
L’actualité récente montre que notre analyse était malheureusement exacte.
La Confédération paysanne en fait actuellement les frais avec le procès contre quelques-uns de ses militants, pour fauchage de plantations transgéniques, qui risquent jusqu’à 5 ans de prison.
Autre exemple récent, le camp No Border à Strasbourg.
Après plusieurs mois de préparation, le camp No Border s’est installé à Strasbourg du 18 au 28 juillet. Il avait pour but de dénoncer l’arsenal répressif de la CEE contre l’immigration et il a accueilli plusieurs milliers de personnes représentant de nombreux pays. Manifestations, animations de rues, concerts et débats étaient au programme de ces journées de mobilisation.
Dès la première manifestation, il apparaît qu’une présence policière disproportionnée et particulièrement agressive a été mise en place.
Le 22 juillet, une manifestation théâtrale intitulée la vie en bleu, qui traite du délire sécuritaire, est interrompue par des tirs de lacrymos et marquée par trois arrestations.
Le pire est à venir. Ce sera le lendemain, 23 juillet, avec une manifestation dispersée par la police, qui verra plusieurs blessés transportés à l’hôpital (l’un pour un tir de flash ball tiré à moins de deux mètres) et l’arrestation d’un militant du Mouvement Spontané, Ahmed Meguini, accusé d’avoir agressé et blessé un agent alors que ce jour-là, il faisait partie de l’équipe médicale.
Le soir-même, un arrêté préfectoral interdit toute manifestation jusqu’au 29 juillet.
Le lendemain, Ahmed est présenté au tribunal en comparution immédiate. Devant celui-ci, 20 personnes sont arrêtées dont le procès est prévu pour février 2003.
Ahmed, qui a refusé la comparution immédiate, est incarcéré en préventive et placé à l’isolement jusqu’au 21 août où il écope de 3 mois de prison fermes.
Le lendemain, 17 militants occupent une annexe du ministère de la Justice pour protester contre cette condamnation. Ils en sont expulsés par le GIPN, placés en garde à vue et incarcérés à la prison d’Elsau avant de passer en comparution immédiate le 25 sous l’inculpation de prise d’otages. Ils sont relâchés à la suite de l’audience, le tribunal correctionnel s’étant déclaré incompétent : la prise d’otages est passible des assises. Le parquet a fait appel.
D’autres procès sont en vue (personnes arrêtées et inculpées pour une manifestation devant le tribunal le 25 et lors d’un concert de soutien à Ahmed le 3 septembre à Saint-Etienne).
Cet exemple de Strasbourg montre ce qui attend le mouvement social dans les mois à venir.
Les
chiens sont lâchés.