Depuis
l’élection de Sharon, l’engrenage meurtrier a repris au Moyen-Orient, faisant
toujours plus de morts, principalement des civils. S’il est impossible d’identifier
ici tous les facteurs d’une guerre inavouée, remarquons simplement que les
fanatismes religieux, le nationalisme exacerbé y jouent un grand rôle. Gageons
aussi que la récente résolution de l’ONU poussant à la constitution d’un Etat
palestinien n’aura aucune influence sur Israël qui n’hésite pas à abuser de sa suprématie
politique, économique et militaire.
Plutôt
que d’encourager à la création d’un nouvel Etat, qui opprimera comme tous les
autres sa population, nous soutenons le mouvement anti-nationaliste, laïc et
pacifiste qui existe dans cette région et que les deux camps en présence
essayent d’occulter.
Depuis plusieurs mois, les médias nous bassinent avec les élections à venir. La campagne de chaque parti est essentiellement axée sur deux points.
D’une part, elle traite de l’insécurité et de la mise en place d’un projet social qui prône un contrôle de plus en plus systématique de la population et, par là-même, facilite une plus grande répression des mouvements sociaux. Les politiques s’appuient sur les statistiques actuelles qui montrent une hausse de la délinquance pour justifier leur programme, mais personne ne se soucie de savoir de quel type de violence il s’agit… En effet, le nombre d’agressions ayant entraîné la mort a diminué tandis que celui des vols a augmenté. Dans une société où les biens matériels ont plus de valeur qu’une vie, il devient normal de faire l’amalgame entre ces délits de genres différents.
D’autre part, les candidats mettent en avant dans leur programme le problème du chômage. Ils se vantent de faire baisser son taux mais ne précisent pas que cette baisse est due à la recrudescence du travail précaire, des contrats à temps partiel, etc. Et, pour les « chanceux » qui ont un emploi, ils ne parlent pas de la dégradation des conditions de travail, due à l’arrogance patronale. Il faut toujours plus de rentabilité, toujours plus de flexibilité et toujours plus de mobilité.
Or, les gens vont de moins en moins aux urnes.
Apeurés par le taux d’abstention croissant, les politiques poussent tout un chacun à voter, à grand renfort de spots publicitaires.
En effet, leur pouvoir et surtout la crédibilité du système en place, la démocratie, dépendent du nombre de gens qui ont participé au scrutin.
Nous, anarchistes, avons toujours prôné l’abstention, mais cette abstention est politique.
L’abstention anarchiste n’est ni tactique, ni refus de s’engager dans les luttes politiques, ni à proprement parler un principe. Elle est plutôt la conséquence des données fondamentales sur lesquelles repose la pensée anarchiste.
Enfin, elle n’est pas un acte passif mais un moyen d’intervenir dans le débat et de montrer que vouloir changer les sociétés par le biais électoral ne peut être qu’une illusion.
La scission entre libertaires et marxistes dans la Ire Internationale s’est faite sur le problème de la lutte politique et de l’Etat. Anti-étatistes, les anarchistes n’ont pas pour but de conquérir le pouvoir (par les élections ou par la révolution), mais de le supprimer.
Aux institutions bourgeoises basées sur un Etat, un gouvernement, un parlement, nous opposons l’autogestion des moyens de production et d’échange, ainsi que des services.
A l’électoralisme, nous opposons l’action directe.
Aujourd’hui, tout le monde se déclare démocrate, même les fascistes, même les révolutionnaires d’extrême-gauche. Les anarchistes sont les seuls à rejeter ce qualificatif.
Qu’est-ce que la démocratie ? Ethymologiquement : le pouvoir du peuple. La réalité est bien différente. La démocratie est directement issue de la révolution française. Elle a été instaurée par et pour la bourgeoisie. Elle repose sur un principe simple : un pouvoir choisi est plus solide qu’un pouvoir imposé. Depuis les origines, des modifications ont bien sûr été apportées : de censitaire, le suffrage est devenu universel. Les femmes ont obtenu le droit de vote, puis l’âge légal pour pouvoir voter est passé de 21 à 18 ans. Enfin, les étrangers communautaires peuvent voter aux élections locales. Le principe reste cependant le même : déléguer son pouvoir pour x années à un élu incontrôlable, irrévocable et qui ne risque qu’une sanction, celle de ne pas être réélu aux élections suivantes.
C’est cela que les anarchistes contestent. Et ils sont bien les seuls hormis les abstentionnistes de plus en plus nombreux. Mais ces derniers, le plus souvent, n’expriment qu’un rejet de la politique sur le mode de l’impuissance et du fatalisme.
Les anarchistes refusent de déléguer leur pouvoir. Ils veulent que les décisions se prennent par les intéressés eux-mêmes, de l’échelon le plus bas au plus élevé. Les mandatés sont dans ce cas chargés d’appliquer les décisions prises et ils peuvent être révoqués si leurs mandants ne sont pas satisfaits de leur travail.
Quel type d’organisation se donner pour rendre possible cette réelle implication de chacun dans la société ?
Pour nous, c’est le fédéralisme libertaire.
Il faut distinguer le fédéralisme libertaire des autres types de fédéralisme qui viennent à l’esprit comme celui de la République fédérale d’Allemagne, de la Confédération helvétique ou des Etat-Unis qui sont régis par un Etat, fédéral peut-être, mais tout autant policier ou hiérarchique que les autres.
Le fédéralisme libertaire, lui, est basé sur la notion de contrat entre individus libres, égaux et responsables. Il est inséparable de l’autogestion qui est la prise en main, concrète et quotidienne, par les individus et les collectivités d’individus, de la vie sociale, économique, politique et culturelle.
Il touche tous les domaines de l’activité humaine : production, distribution, santé, transports, éducation, information, culture… et exclut tout appareil répressif (armée, police, prison, etc. – S’il est évident qu’une forme de déviance subsistera en société anarchiste, il faudra inventer d’autres façons de la traiter que la répression systématique).
Organisé à la fois verticalement (de bas en haut, de la plus petite unité à la plus grande) et horizontalement (commune, région…), il permet de coordonner les différentes activités à tous les niveaux.
Souvent, on reproche aux anarchistes leur vision utopiste d’un homme bon. Au contraire, la seule pensée politique qui tient compte de la complexité humaine est la pensée anarchiste. Elle ne se base pas sur la bonté humaine mais sur le fait que l’homme est conditionné par l’éducation et la structure sociale qu’il se donne.
Ainsi, dans une société où l’on délègue un certain pouvoir à des individus, sans qu’il n’y ait aucun contrôle de leurs actes, il n’est pas étonnant qu’ils en abusent. La preuve en est tous les scandales actuels liés aux malversations de ceux qui nous gouvernent.
Que faire aujourd’hui à la place d’aller déposer son bulletin dans l’urne et ainsi, en « citoyen modèle », crédibiliser le système qui nous opprime ? Nous pouvons imposer nos exigences en mettant en place des luttes pour défendre nos droits, chaque jour amputés un peu plus et en nous organisant ensemble, car notre force naît du nombre et de notre volonté de changement.
En effet, tous nos droits ont été conquis dans la rue et c’est notre résignation qui est leur perte.