Editorial

 

Pour cet édito de « rentrée », nous tenions beaucoup à revenir sur les manifestations qui se sont déroulées à Gênes durant le mois de Juillet. Celles-ci ont été marquées par une répression terrible, la police italienne ayant assassiné un jeune manifestant et blessé beaucoup d’autres. Il est important de dire que la mort de Carlo Guliani n’est pas un malencontreux dérapage mais le résultat direct de la politique étatique, menée par de nombreux pays, visant à réprimer et à criminaliser les mouvements sociaux (manifs, grèves…). De plus, le discours d’Etat a été largement amplifié par des médias aux ordres des dirigeants. En effet, on ne compte plus les journalistes qui ont parlé de casseurs, de manifestants voulant « mondialiser leur haine » et même « d’anarchistes terroristes » ! La Fédération Anarchiste s’élève contre la logique étatique meurtrière et liberticide, mais aussi contre le délire médiatique qui tente de faire de chaque manifestant, un vulgaire casseur sans aucune revendication politique.

 

Qu'est-ce que l'Anarchisme?

 

Y’en A pas un sur cent et pourtant ils existent !

L’anarchisme est apparu au xixe siècle avec la radicalisation des aspirations à la liberté issues du siècle des lumières. Cette radicalisation a été principalement véhiculée par la révolution  industrielle, celle-ci ayant permis une réflexion sur le prolétariat en formation (la « classe dangereuse »). Certains penseurs socialistes ont donc réfléchi à de nouvelles manières de lutter contre la bourgeoisie tout en construisant un nouveau projet des ociété. Ainsi, Proudhon (qui est habituellement reconnu comme le « père » de l’anarchisme), Stirner, Bakounine, Elisée Reclus et bien d’autres ont été aux sources de l’anarchisme actuel.

Aujourd’hui, après des fortunes diverses, la pensée anarchiste est représentée par de nombreuses organisations à travers le monde. En France, la Fédération Anarchiste et d’autres continuent à lutter sur des bases libertaires, en se fondant sur trois exigences majeures :

– Le refus de la domination politique.

– Le refus de la domination économique.

– La réalisation d’une société qui garantirait l’autonomie la plus grande aux individus ainsi que l’égalité économique et sociale.

Toutefois, il est important d’insister sur le fait que l’Anarchisme n’est pas un dogme mais une pensée évolutive et pluraliste, se basant sur l’action quotidienne.

 

Nos refus politiques et nos luttes

Nous tentons de penser nos actions et notre discours en nous aidant des axes de lutte qui constituent les fondements de l’anarchisme. En premier lieu, il est important de dire que le projet anarchiste est d’abord une alternative au système étatique. Nous sommes donc opposés à toute forme d’état, quel qu’il soit, car nous considérons l’Etat comme un système liberticide, répressif et profondément inégalitaire. Toutefois, cela ne veut en aucun cas signifier que nous rejetons toute forme d’organisation sociale. Mais notre action ne se borne pas à proposer des alternatives aux divers systèmes actuels. Nous nous exprimons également sur de nombreux sujets et surtout, nous tentons de lutter contre des pensées et des actes qui nous révoltent. Ainsi, les militants anarchistes se battent contre le racisme, le nationalisme, l’homophobie, la morale religieuse… De plus, nous refusons la logique capitaliste et affirmons la réalité de la lutte des classes qui oppose détenteurs des richesses et travailleurs. La loi du marché créant et entretenant une grande misère et de fortes inégalités, nous proposons comme alternative une autre manière d’organiser la société : le fédéralisme libertaire.

 

Le projet anarchiste : le fédéralisme libertaire

Plus haut, nous avons écrit que rejeter l’Etat ne voulait pas dire rejeter toute forme d’organisation sociale. Les anarchistes défendent donc un type d’organisation basé sur la liberté et l’égalité économique et sociale de ses membres. Le fédéralisme libertaire est basé sur la notion de contrat entre individus libres, égaux et responsables. Il est indissociable de l’autogestion qui est la prise en main, concrète et quotidienne, par les individus, de la vie sociale, économique, politique et culturelle.

Il touche tous les domaines de l’activité humaine : production, distribution, santé, transports, éducation, information, culture et exclut tout appareil répressif (armée, police, prison…). Il est évident qu’une forme de déviance subsistera en société « libertaire », il faudra donc inventer d’autres façons de la traiter que la répression systématique.

Organisé à la fois verticalement (de bas en haut, de la plus petite unité à la plus grande) et horizontalement (communes, régions…), le fédéralisme libertaire permet de coordonner les différentes activités de la vie sociale et ce, à tous les niveaux.

Nous refusons de déléguer notre pouvoir et voulons que les décisions se prennent par les intéressés eux-mêmes, de l’échelon le plus bas au plus élevé. Les mandatés sont dans ce cas chargés d’appliquer les décisions prises et peuvent être révoqués si leurs mandants ne sont pas satisfaits de leur travail.

Voilà pour notre projet de société. Toutefois celui-ci n’est pas une construction « clef en main », il ne demande qu’à être discuté et repensé. Alors, avis aux amateurs !