Après les trois derniers numéros de La Mauvaise
Graine consacrés aux élections, nous avons décidé de traiter d’un thème qui
tend à devenir le sujet principal, voire l’unique sujet, des campagnes électorales,
à caractère national ou local, celui de l’insécurité. Du village à la grande
ville, de la gauche à la droite, c’est à celui qui promettra le plus de flics !
Les
autres débats, sur l’éducation, le chômage, sans parler du partage des
richesses et de la prise en main de leur destin par les citoyens autrement
qu’en déléguant leur pouvoir, ne tentent pas les politiciens.
A
nous donc de les engager à l’école, à l’usine, dans les quartiers et dans la
rue !
Pour certains médias et hommes politiques, l’insécurité, surtout urbaine, se serait incroyablement amplifiée en France ces dernières années, au point de devenir l’un des principaux fléaux de notre société. Qu’en est-il vraiment ? La première observation qu’il faut effectuer, c’est que la hausse de 5 % constatée dans les statistiques de la délinquance ne prouve pas que l’insécurité augmente réellement, malgré ce qu’on essaye de nous faire croire. En effet, ces statistiques englobent à la fois des délits sans grande dangerosité à un niveau social, comme fumer un joint ou uriner sur la voie publique (jusqu’à 10 000 F d’amende pour ce dernier délit) et des actes nettement plus répréhensibles comme le viol, le meurtre. Ainsi la hausse récente de la délinquance est due essentiellement à une augmentation importante des vols de portables et des infractions routières. Par contre, il est clair que le « sentiment d’insécurité », favorisé par une surmédiatisation opportune, se propage parmi la population. Sentiment d’insécurité qui peut d’ailleurs être tout à fait irrationnel : des habitants d’Aurillac, dans le Cantal, ne se sentaient plus en sécurité… à cause de quelques graffitis tagués sur les murs de la ville !
La seule réponse trouvée par les dirigeants politiques pour contrer cet essor factice de la criminalité, c’est évidemment le renforcement de l’appareil répressif. Cela se concrétise par une augmentation des effectifs de police, l’installation dans les lieux publics de caméras de vidéo-surveillance, la suppression des allocations familiales pour les parents d’enfants délinquants et d’autres mesures du même acabit. Le quadrillage policier des quartiers dits « sensibles », des centre-villes, ces zones « à risque », n’est donc pas prêt de disparaître, loin de là… Ce délire sécuritaire permet aux politiciens qui l’appliquent de récolter les suffrages des déçus du Front national. Accessoirement, ce raffermissement des forces répressives de l’Etat pourra servir ultérieurement à écraser plus efficacement toute velléité de révolte et de luttes sociales significatives…
…Justice
nulle part !
Il va sans dire que cette répression accrue, qui va dans le sens d’une « tolérance zéro » telle qu’elle est pratiquée aux Etats-Unis, ne s’attaque en rien aux causes profondes de la délinquance, mais seulement à ses effets les plus visibles. L’injustice profonde du système capitaliste, qui condamne énormément de personnes à une pauvreté terrifiante, tandis que d’autres ne savent que faire de leurs richesses, a pourtant un rôle prédominant dans celle-ci. Ayant toujours connu des conditions de vie épouvantables, victimes d’une discrimination raciale ou sociale, certains en sont réduits à se livrer à des activités illégales (vols de voitures, trafic de shit) non par choix mais par nécessité vitale, pour survivre en somme.
Le phénomène de ghettoïsation, qu’on remarque dans les cités, découle quant à lui de décisions politiques souvent mûrement réfléchies, qui ont comme conséquence de parquer les pauvres dans une cité, et de les empêcher, avec des flics, de nuire aux « honnêtes citoyens ». Les politiciens de tous bords ont une lourde responsabilité en ce qui concerne une « insécurité » qu’ils ont contribué à créer ; et ce ne sont pas leurs appels fascisants à un ordre républicain sécuritaire qui permettront d’améliorer la situation, pas plus d’ailleurs que leurs verdicts de justice qui foutent en taule des voleurs de mobylettes tandis que des élus corrompus sont innocentés.
La seule solution à la criminalité, c’est un partage équitable des richesses et une remise en cause profonde de la société actuelle, qui génère tant d’injustices.