Nous
vous rappelons que nous recevrons, le vendredi 9 mars, à 20 h 30, à la
librairie L’Autodicacte, 5, rue Marulaz, dans le cadre d’une tournée fédérale
au sujet des élections municipales, un militant anarchiste italien, animateur
d’une fédération municipale de base dans le sud de l’Italie, expérience de
prise en main par les habitants des problèmes de la cité et d’instauration d’un
véritable contre-pouvoir face aux instances élues.
Le prochain numéro de la Mauvaise Graine traitera d’ailleurs de cette expérience et servira de conclusion à cette série sur les élections et les municipales en particulier.
La gestion de la ville a toujours été une préoccupation fondamentale pour les hommes car celle-ci touche leur vie quotidienne et leur cadre de vie le plus proche. Aujourd’hui, il n’existe pas d’espaces décisionnels gérés par les populations car la classe dirigeante tient à garder la main-mise sur les pouvoirs locaux. Toutefois, on constate un mouvement allant vers la réappropriation du pouvoir de gestion au sein de l’espace communal. Dans cette dynamique, plusieurs visions s’affrontent. Nous retiendrons trois exemples qui illustrent bien les différentes conceptions du municipalisme : l’expérience de Porto Alegre (Brésil), la pensée de Murray Bookchin et l’expérience communaliste de base de Spezzano Albanese en Italie (prochaine mauvaise graine).
L’expérience de Porto Alegre est issue de l’entente entre la coordination des associations de quartiers de cette ville du Brésil et le PT (parti des travailleurs d’obédience trotskiste), élu à la tête de la ville en 1989 et ce, grâce aux voix des associations. Ce dernier, devant la volonté des associations de participer à la politique de la ville, créa tout d’abord le conseil du budget participatif, où tous les arrondissements étaient représentés et où étaient centralisées toutes les listes de revendications. Toutefois, les services techniques municipaux gardaient le pouvoir de décision, puisque c’est eux qui hiérarchisaient les revendications. Cette première expérience ne satisfaisant personne, le PT décida de donner officiellement le pouvoir d’élaborer et de décider le budget municipal. Des assemblées générales se tiennent donc tous les ans dans chaque quartier. A celles-ci s’ajoutent des forums thématiques qui élisent des délégués au conseil d’agglomération du budget participatif. Malgré tout, encore aujourd’hui, la décision finale revient aux services techniques municipaux, car ils jugent de la viabilité des projets proposés par le conseil du budget. De plus, on constate que les habitants qui participent aux différentes assemblées sont principalement issus des classes moyennes et supérieures…
Murray Bookchin, méconnu en Europe, apparaît comme le premier théoricien du municipalisme libertaire. Il conçoit l’organisation des hommes au sein de la cité comme un processus historique et anthropologique émancipateur essentiel (la citification), qui s’est trouvé entravé, interrompu par le développement des états nations et du capitalisme. La municipalité, ou plus exactement la commune, représente à ses yeux la forme politique par excellence, non seulement d’une réinvention de la citoyenneté mais d’une réponse à l’ensemble des menaces politiques, économiques et écologiques auxquelles l’humanité est confrontée en ce début de xxie siècle. Il écrit précisément que les lignes politiques et les décisions concernant l’agriculture et la production industrielle seraient du ressort d’assemblées (…) auxquelles on assisterait en tant que citoyen, et pas seulement en tant qu’ouvrier, paysan ou spécialiste. Ceci serait la base d’une forte décentralisation, car Murray Bookchin propose un double fédéralisme (territorial et sectoriel). Pour y parvenir, il prône la participation aux élections municipales, ce qui permettrait aux bookchiniens d’occuper des postes municipaux et ainsi d’agir comme un ver dans le fruit. Le fédéralisme doit donc venir de l’occupation des structures décisionnelles de la commune.
Porto Alegre, qui est souvent montré en exemple par les Verts et consorts, apparaît pour nous comme une démarche visant à intégrer dans le fonctionnement de l’Etat, mais à titre consultatif, des grands corps constitués censés encadrer la société civile. Cette intégration ne vise aucunement à dissoudre le pouvoir central, mais bien au contraire à le renforcer davantage encore, à lui donner une assise encore plus forte que celle que peut lui octroyer le suffrage universel, d’autant plus lorsque les taux d’abstention atteignent un niveau record.
Contrairement à Bookchin, nous pensons totalement impossible une décentralisation réelle au sein de l’Etat.
De plus, il nous est difficile de concevoir que des élus, aussi « purs » soient-ils, puissent éviter de tomber dans la logique de collaboration avec l’Etat et ainsi sacrifier la prise de décision collective à l’efficacité, car il ne faut pas oublier que les communes possèdent peu de pouvoirs et des moyens très faibles.
L’autogestion doit venir d’en bas pour rester possible. Ce sont les populations qui doivent impulser la dynamique communaliste, pas les élus.