Comme on l’avait annoncé dans La Mauvaise Graine n° 12, nous recevrons,
le vendredi 9 mars, à 20 h30, dans le cadre d’une tournée fédérale au sujet des
élections municipales, un militant anarchiste italien, animateur d’une
fédération municipale de base dans le sud de l’Italie, expérience de prise en
main par les habitants des problèmes de la cité et d’instaur-tion d’un véritable
contre-pouvoir face aux instances élues.
C’est
pourquoi nous consacrons ce numéro aux élections. Les deux numéros suivants
traiteront de différentes manières d’aborder le sujet de la commune.
Les élections municipales approchent et, comme toujours, les anarchistes vont faire figure de moutons noirs ; ils vont devoir expliquer pourquoi ils n’appellent pas à voter pour untel ou unetelle, ne serait-ce que pour faire barrage à ceux-ci ou à ceux-là.
Nous allons donc prendre les devants et expliquer une nouvelle fois le sens de notre abstention.
Elle n’est ni tactique, ni refus de s’engager dans les luttes politiques, ni à proprement parler un principe.
Elle est plutôt la conséquence des données fondamentales sur lesquelles repose la pensée anarchiste.
Enfin, elle n’est pas un acte passif mais un moyen d’intervenir dans le débat et de montrer que vouloir changer les sociétés parle biais électoral ne peut être qu’une illusion.
La négation des institutions bourgeoises
La scission entre libertaires et marxistes dans la Ire Internationale s’est faite sur le problème de la lutte politique et de l’Etat. Anti-étatistes, les anarchistes n’ont pas pour but de conquérir le pouvoir (par les élections ou par la révolution), mais de le supprimer.
Aux institutions bourgeoises basées sur un Etat, un gouvernement, un parlement, nous opposons l’autogestion des moyens de production et d’échange, ainsi que des services.
A l’électoralisme, nous opposons l’action directe.
Aujourd’hui, tout le monde se déclare démocrate, même les fascistes, même les révolutionnaires d’extrême-gauche. Les anarchistes sont les seuls à rejeter ce qualificatif.
Qu’est-ce que la démocratie ? Ethymologiquement : le pouvoir du peuple. La réalité est bien différente. La démocratie est directement issue de la révolution française. Elle a été instaurée par et pour la bourgeoisie. Elle repose sur un principe simple : un pouvoir choisi est plus solide qu’un pouvoir imposé. Depuis les origines, des modifications ont bien sûr été apportées: de censitaire, le suffrage est devenu universel. Les femmes ont obtenu le droit de vote, puis l’âge légal pour pouvoir voter est passé de 21 à 18 ans. Enfin, les étrangers communautaires peuvent voter aux élections locales. Le principe reste cependant le même: déléguer son pouvoir pour X années à un élu incontrôlable, irrévocable et qui ne risque qu’une sanction, celle de ne pas être réélu aux élections suivantes.
C’est cela que les anarchistes contestent. Et ils sont bien les seuls hormis les abstentionnistes de plus en plus nombreux. Mais ceux-ci, le plus souvent, n’expriment qu’un rejet de la politique sur le mode de l’impuissance et du fatalisme.
Les anarchistes refusent de déléguer leur pouvoir. Ils veulent que les décisions se prennent par les intéressés eux-mêmes de l’échelon le plus bas au plus élevé. Les élus sont dans ce cas chargés d’appliquer les décisions prises et ils peuvent être révoqués si leurs mandants ne sont pas satisfaits de leur travail.
On pourrait penser qu’un pouvoir local est plus facilement contrôlable qu’un pouvoir étatique. Il n’en est rien. Il fonctionne sur le même principe. Les exemples sont multiples. Citons par exemple le projet municipal de réaménagement de l’îlot Pasteur. Un jour, les habitants ont été invités à une réunion organisée par la mairie. Ils ont alors appris qu’ils allaient être expulsés et qu’un centre commercial prendrait la place de leurs appartements. La concertation !
Certains ne sont pas de notre avis et prétendent qu’au niveau communal une démocratie participative est possible. C’est à ce courant de pensée que nous consacrerons le prochain numéro de La Mauvaise Graine.