Manœuvre politicarde… Les élections des
représentants du Crous ont eu lieu la semaine dernière. L’extrême-droite était
présente avec une liste nommée Crous qui mousse, ce qui a permis à l’UNEF-ID de
nous servir l’éternel discours « votez pour nous, pour faire barrage à l’extrême-droite ».
Ce
discours a comme toujours porté ses fruits… électoraux. Toutefois, on peut
douter que voter pour une liste dont on ne connaît même pas le programme
(l’UNEF-ID se garde bien de nous l’énoncer) permette de lutter contre les
fascistes. Ce n’est pas en se donnant bonne conscience qu’on les combat. Seule
la lutte paie !
Jusqu’à présent, la notion de service public était indissociable de celle d’Etat. En effet, la République, en quête de légitimité vis-à-vis des populations, tente d’incarner le bien commun de la nation au cours du xxe siècle (cf. campagne de nationalisations d’après-guerre). Ce constat permet de cerner précisément le service public actuel et les tiraillements qu’il a subis. Si la recherche du bien commun donne naissance naturellement à un réseau hospitalier relativement égalitaire, c’est là sa seule réalisation « satisfaisante ». Les autres secteurs sont soumis à différentes pressions : les transports, l’énergie ont sacrifié la gratuité aux exigences économiques ; l’école, l’université assurent à l’Etat sa fonction d’encadrement, de contrôle sur les individus. Viennent s’y ajouter des secteurs propres aux fonctions de l’Etat : armée, police, prison, etc. Ces ajouts n’ont pu se faire qu’en confondant le bien commun et la raison d’Etat (expression de la classe dominante) opposée à l’idée universelle contenue dans le service public.
L’agitation sociale et les grèves qui poussent le gouvernement au remaniement sont taxées depuis le début d’immobilisme. Elles sont en fait une réponse à un mouvement plus large : la transnationalisation de l’économie et la mutation du capitalisme obligent à une redéfinition de l’Etat ; c’est celle-ci qui s’étale au fur et à mesure des réformes. D’une part, le gouvernement instaure un filet social (cf. Couverture Maladie Universelle, H.L.M.) maintenant à peine la tête hors de l’eau des marginaux de l’économie et, d’autre part, il assure ses pouvoirs régaliens dans le service public, sacrifiant l’exigence de bien commun à l’économie. Concrètement, cela se traduit par la rationalisation du capital humain et des contenus des services scolaires, de santé, etc., ainsi que par des réponses d’une intraitable logique d’Etat aux problèmes de violence dans les transports et l’éducation : des flics, toujours plus de flics. Cet immobilisme dont est taxé le mouvement social est donc en fait le refus catégorique d’une dénaturation complète de la notion de service public, toujours plus sacrifié à l’économie.
Le remaniement du gouvernement n’offre en fait aucune perspective aux problèmes auxquels était confronté le service public, la violence notamment.
Ceux-ci pourraient être résolus par la responsabilisation à travers l’autogestion des différentes branches par ses acteurs (professeurs, élèves, parents, atos) à l’école, patients, médecins, infirmiers, ASH à l’hôpital, selon les principes de gratuité, d’égalité et de libre-accès.
Ce qui importe pour un véritable progrès, c’est la gestion directe des services d’utilité sociale et non la qualité du propriétaire (Etat, privé, collectivité locale). Si cette perspective exclut l’armée ou la police, en revanche il faut y ajouter de nouveaux champs d’action abandonnés à l’économie tels que les ressources naturelles, la distribution alimentaire, la culture, la gestion de la ville, etc.
Il s’agit donc maintenant d’opposer aux ambitions de la mondialisation et de la refonte de l’Etat une véritable alternative qui peut se construire seulement dans la lutte afin de s’orienter vers un service public véritablement humain et solidaire.