Editorial

 

L’an 2000 sera aussi l’année de la Marche Mondiale des Femmes ! A Besançon, un groupe de femmes, les Sorcières sans frontières, lance un appel : elles veulent préparer le 8 mars et la Marche mondiale et cherchent d’autres personnes pour marcher, lutter et construire ensemble. Toutes seules, elles se fatiguent ! Et voilà qu’à la réunion du mercredi 25 janvier plus de vingt personnes répondent à leur appel. Les voilà donc reparties ! Prochaine réunion :  le 9 février, 20 h 30, à Solidarité femmes (27, rue Mégevand). Vous avez envie d’y participer ? Elles vous attendent.

 

2000 raisons pour lutter !

 

Le 8 mars 2000, débutera la Marche Mondiale des Femmes contre la précarité et les violences. Le coup d’envoi national sera donné le 17 juin par une manifestation à Paris. Cette marche se poursuivra à Bruxelles le 14 octobre et se conclura à New York le 17 octobre. En l’an 2000, les femmes trouvent encore 2000 bonnes raisons de marcher et de lutter. Pourquoi ? Quelles sont-elles ?

 

L’éducation

Les filles avec les poupons et les garçons avec les camions. Voilà à quoi se résume l’éducation, premier pas vers l’inégalité des sexes. On ne s’étonnera pas après que certaines filières scolaires restent très difficiles d’accès pour les femmes (technique, mécanique…). Et cette différenciation est si enracinée dans notre façon d’être qu’elle produit des réactions différenciées même entre professeurs et élèves selon leur sexe.

 

Famille

Dans l’enceinte privée de la famille, la femme reste la principale gestionnaire de la vie quotidienne. Sur elle reposent presque tous les travaux domestiques et l’éducation des enfants. Qu’elle travaille ou non, le partage de ces tâches reste encore très inégalitaire. En plus dans cette structure, souvent fermée et close, se développe la plus grande partie des violences (viols et violences conjugaux, viols sur les enfants…), violences dues à une autorité parentale jamais mise en discussion.

 

Sexualité

La sexualité de la femme, son plaisir sont souvent passés à l’as comme tabou ou inexistants par les églises qui ne voient la femme que comme mère pondeuse ou prostituée et par les hommes qui sont trop occupés à leur propre plaisir ou auxquels on a oublié de dire que les femmes pouvaient à leur tour en avoir. La femme ne peut donc pas être lesbienne et ne s’unir que par plaisir sans but reproductif. Aujourd’hui que la loi Veil qui légalise l’avortement fête ses 25 ans, c’est aux gynécologues et aux maternités qu’on s’en prend. Nos luttes ont encore de beaux jours devant elles pour qu’enfin on nous reconnaisse le droit de choisir.

 

Travail

On entend par travail, le travail officiel, reconnu, rémunéré des femmes, pas celui qu’elles produisent gracieusement en plus dans leur famille. Les femmes sont les plus touchées par la précarité et le chômage. Avec les 35 heures et tout ce qu’elles représentent (annualisation, flexibilité, horaires décousus), on se demande où les femmes vont trouver le temps de faire le ménage. Mais vu qu’avec le fameux quatrième secteur (quaternaire), celui du travail de proximité, c’est encore du ménage qu’on leur propose, cela ne devrait pas poser beaucoup de problèmes.

 

Parité

En voilà un joli mot ! Comme en envoyait les femmes à l’usine durant les guerres, maintenant les femmes servent d’argument de vente électoral, les femmes utilisées comme objet d’un nouvel éveil politique. Amener les femmes à voter pour les femmes afin qu’elles soient plus impliquées dans la vie politique (tiens, c’est nouveau !), c’est encore le seul subterfuge trouvé par la classe dirigeante pour se donner du crédit au moment où les taux d’abstention battent tous les records. Mais on ne doute pas que la femme peut être l’égal de l’homme, même en bêtise. La preuve : les femmes qui cherchent leur égalité dans l’armée ou dans le patronat en s’affirmant avec des méthodes draconiennes témoignent de l’acceptation acritique d’un système conjugué au masculin.

 

Notre vision de la lutte des femmes

La lutte des femmes est une lutte qui prend en compte toutes les dimensions de la vie, qui ne sépare pas le politique du privé. La lutte des femmes est à terme la lutte pour la libération de l’humanité, pour une société déterminée et gérée par les deux sexes, dans un dialogue constant entre égaux, où la disparition du patriarcat sera liée à la disparition de toute forme de pouvoir et de discrimination.