L’an
2000 est là et pourtant la fin du monde a fait faux bond. Bien emmerdés tous
les diseurs de bonne aventure et annonceurs de rédemption ! Pourtant, 2000 sera
l’année des agenouillistes puisque l’Église catholique fête un jubilé dont vous
allez bientôt, chers lecteurs et chères lectrices, et pour un long moment,
entendre parler ! Quoi de plus logique alors que de consacrer ce n° 4 de La
Mauvaise Graine à la religion, à la croyance, à un moment où l’on arrive
encore à faire croire que l’an 2000 est le début du troisième millénaire ?
2 000 ans d’obscurantisme,
pas de quoi jubiler !
Comme aimait à le rappeler une affiche d’une quelconque secte sur les murs de Besançon, « Noël c’est l’anniversaire du Christ, qui s’en souvient ? ». On aurait voulu l’oublier mais l’Église catholique commence déjà à fêter le jubilé de la naissance d’un certain Jésus il y a 2 000 ans qui aurait été, selon leur croyance, le fils d’un dieu, voilà la version officielle.
Mais sous des dehors « bon-enfant », les festivités autour de la charité, de l’amour et de la repentance cachent surtout une offensive déiste comme jamais il n’y en a eu, un vrai viol des consciences à l’échelle planétaire. Pas besoin de soulever la soutane du Pape pour s’apercevoir que des messages « de tolérance » d’une autre trempe vont vite être martelés jour après jour, relayés par les médias et les politiques : condamnation de l’avortement et de la contraception, soutien aux commandos anti-IVG qui envahissent les hôpitaux pour empêcher des avortements, condamnation de toute sexualité hors du mariage, et bien sûr le bon vieux refrain « les femmes au foyer ! »… Oui, mais la république est laïque, vont dire certains ! Pourtant l’Etat finance grassement les écoles privées confessionnelles, parce qu’il s’entend bien avec les religions (catholique comme musulmane, protestante, juive…) pour inculquer la soumission à l’autorité, à l’ordre établi, et donc l’acceptation des inégalités et de la hiérarchie.
Dieu est amour,
mets-toi bien ça dans le crâne !
Mais cette vaste reconquête de l’espace public s’appuie sur tout un ensemble d’associations et d’écoles confessionnelles qui constituent le vrai fond de commerce de toute religion : éduquer à la foi, c’est éduquer à croire.
– Croire en un dieu révélé, c’est accepter des vérités toutes faites sans solliciter l’esprit critique et la rationalité ;
– Croire en un dieu tout puissant et omnipotent (c’est-à-dire qui a tous les pouvoirs), c’est accepter la soumission comme une chose naturelle ;
– Croire en une morale imposée par la peur du châtiment (l’enfer) ou l’envie de la récompense (le paradis) c’est accepter de se faire dicter ses règles de vie par un ensemble de lois et de jugements inchangeables.
Cet ensemble de croyances est le fondement même de toutes les religions, qui sont loin d’être une affaire de choix personnel, mais bien un véritable ordre moral justifiant un ordre social basé sur l’autorité, l’inégalité et la soumission. C’est-à-dire accepter l’existence et l’autorité du patron, du chef, du père de famille, du gouvernant ; accepter qu’il y ait des riches et des pauvres, etc. et se donner bonne conscience par quelques actes individuels (charité, prière…) qui ne remettent en rien les bases de ces injustices en cause.
Esprit sain, pas
saint-esprit !
Ce n’est pas un hasard si longtemps l’éducation a été la chasse-gardée des religions, secondée en cela par la cellule familiale, et reste aujourd’hui pour elles une préoccupation principale.
En modelant les consciences des individus, elles éduquent à un certain type de rapports sociaux.
Nous qui voulons une société égalitaire et basée sur le libre arbitre, nous ne pouvons que nous opposer à toute religiosité et à son refus du doute, qui sont les ennemis irréconciliables de l’esprit critique.
C’est en proposant un modèle éducatif alternatif (comme nous l’avons fait dans les numéros précédents), ayant pour but l’autonomie de pensée de chaque individu, que nous couperons l’herbe sous le pied aux systèmes autoritaires, qu’ils soient religieux, familiaux, étatiques… bref, éduquer à penser, c’est éduquer à se révolter !