Editorial

 

Les alternatives à l’école en France ont pu se développer car, selon la loi, c’est l’instruction qui est obligatoire, pas l’école. Ainsi en est-il de Bonaventure, école libertaire regroupant une dizaine d’enfants sur l’île d’Oléron. Or, dans une enquête récente, le gouvernement s’est aperçu que la plupart des enfants déscolarisés se retrouvaient dans des sectes. De là à interdire que l’instruction se fasse en dehors de l’école, il n’y a qu’à… et qu’importe si l’instruction se fait dans les écoles de la secte chrétienne (elle, largement financée par l’Etat). L’école Bonaventure est donc mise en situation difficile alors qu’elle a toujours publicisé son projet, ouvert ses portes aux personnes extérieures afin de juger de ses méthodes pédagogiques et du bien-être des enfants. Soutenons-la !

 

 

Quelle éducation ? Pourquoi faire ?

 

C’est en répondant à cette question que l’on définit le contenu et l’orientation de l’éducation libertaire.

Nous voulons que les individus soient libres et égaux, respectueux et responsables envers autrui et eux-mêmes.

 

Une éducation active

L’éducation doit se faire entre individus égaux. Il n’y a donc plus de hiérarchie maître élève mais une complémentarité du groupe apprenant. Toute personne est susceptible d’apporter un savoir à autrui. On peut donc avoir recours à des intervenants extérieurs animant des ateliers, des individus apprenant peuvent aussi prendre en charge des séances éducatives. Cette idée part du constat que l’individu enseignant apprend autant, sinon plus, que les enseignés de par sa recherche motivée. Sur cette base, se développent les travaux de groupes, les débats, les exposés qui mettent les individus en situation active par rapport aux connaissances. D’autre part, nous refusons la séparation qui s’établit entre savoir manuel et savoir intellectuel. Nous pouvons reprendre la séparation des journées en laissant la matinée pour les apprentissages de base (français, maths…) et l’après-midi pour des ateliers qui reprennent les enseignements généraux en leur donnant une base concrète (travaux manuels, cuisine, découverte…). L’éducation doit être intégrale dans les possibilités qu’elle offre pour le libre développement de la personnalité. Les individus doivent aussi être libres d’arrêter et de reprendre un cycle de formation à n’importe quel moment de leur vie. L’éducation est permanente et pas nécessairement au sein de l’institution école. Toutes les activités culturelles, sportives, artisanales forment notre personnalité et nos connaissance. C’est librement que nous choisissons nos temps d’activité.

 

Pour l’autogestion

Cette liberté dans les choix éducatifs induit la prise en compte de la responsabilité individuelle. Notre responsabilité sera sollicitée dans le choix des programmes que nous voulons suivre, des horaires que nous nous donnons et des moyens que nous employons. Ces discussions se feront au sein de conseils d’élèves, d’écoles, de fédérations des écoles, etc. Ainsi s’opère un glissement vers l’autoévaluation individuelle et collective à travers divers outils. Nous serons aussi responsables de la bonne tenue des séances éducatives. Nous pourrons décider de certaines règles de vie commune et alors les respecter. Le respect que l’on se doit dans toute communauté d’intérêt passe par le respect des lieux et des gens. Ainsi l’entretien des locaux, la cuisine et autres services seront à assumer collectivement.

 

Vers une société libertaire

Toute décision sera l’œuvre des intéressés eux-mêmes réunis en assemblées générales, collectifs, associations. L’idée générale qui sous-tend tout cela est que nos connaissances, notre bien-être ne sont pas de notre seul fait. Ce sont les conséquences du travail de toute la société. Il n’y a donc aucune raison pour que certains en soient exclus. Pour cela l’école doit être réellement gratuite et laïque. On peut aussi imaginer des actions d’auto-financement qui ouvrent l’école sur le reste de la société avec la création de commissions regard extérieur évaluant les objectifs pédagogiques et leur réalisation concrète. Tout ces apprentissages à l’autonomie feront que les individus seront autonomes dans leur vie sociale.

On apprend à marcher en marchant. Alors…