Editorial

 

Tu tiens dans tes mains le premier numéro de La mauvaise graine, feuille mensuelle lycéenne-étudiante du groupe Proudhon de la Fédération anarchiste. Son but sera de fournir un point de vue anarchiste sur des questions d’actualité, de proposer quelques sujets de réflexion ainsi que des infos qu’on ne risque pas de trouver dans la presse « bien-pensante ». Nous te donnons rendez-vous chaque début de mois pour un nouveau numéro de La mauvaise graine. Tu peux nous contacter à l’adresse suivante :

Gr. Proudhon, c/o CESL, BP 121, 25014 Besançon cedex

 

Lycéens… en colère !

 

 Depuis plusieurs semaines maintenant, la colère lycéenne gronde. A Besançon aussi, la grogne est dans l’air, mais Pasteur, Jules Haag, Montjoux… n’ont pas réellement « repris du service »… Pourtant, dans tous les établissements, les raisons de faire la grève ne manquent pas : manque de profs, classes surchargées, locaux délabrés et emplois du temps stupides… En fait, depuis l’an dernier, pas grand chose n’a changé.

Allègre s’en est en effet bien tiré l’an dernier : appeuré par le nombre des manifestants, il a vite su tirer profit de la situation, et s’est frotté les mains quand les lycéens se sont empressés de dire : « nous, on ne veut pas faire de politique ! ». Ça tombait plutôt bien puisqu’il ne voulait justement pas qu’ils en fassent ! Comme ça le gouvernement a pu mener la sienne tranquillement : on voulait 100 000 postes supplémentaires et on a eu 10 000 emplois-jeunes, 3 000 surveillants à mi-temps et 1 000 appelés du contingent. Non seulement le compte n’y est pas, mais en plus tous les postes proposés sont des emplois précaires et des contrats à durée déterminée !

Quand on ajoute à cela le flicage et la répression qui ont accompagné les cortèges, la manipulation intellectuelle qui visait à opposer les « bons lycéens qui ne font pas de politique » et les « vilains casseurs qui discréditent le mouvement », ou encore les efforts de la FIDL, affiliée au PS, pour contrôler le plus possible les lycéens et gêner le moins possible le ministre (par exemple en faisant tout pour éclater le mouvement en 5 coordinations nationales), on voit bien que tout a été fait pour dissuader les grévistes de recommencer !

Pourtant la situation s’aggrave dans l’ensemble de l’éducation comme dans le reste de la société : des vacataires dans les cantines aux emplois-jeunes, ce n’est que précarité, flexibilité et volonté de créer une main-d’œuvre docile et bon marché qui anime l’Etat. Dans les facs, le plan U3M vise tout simplement à la privatisation des universités en favorisant par tous les moyens l’entrée des entreprises et la rentabilité des étudiants, des enseignants et des facs elles-mêmes. Dans les lycées, un plan similaire se met en place, et l’« allègement des programmes » voulu par Allègre répond à la même logique : il s’agit en fait de supprimer peu à peu les matières qui ne seront pas rentables, comme la philo. La preuve ? Cette année, le nombre de postes au concours de recrutement des profs de philo était de 50 pour la France entière ! Et la liste serait longue si on parlait des autres matières…

Cela, qu’on le veuille ou non, c’est de la politique ! L’éducation est un besoin indispensable à chaque individu qui ne doit pas être soumis à des logiques capitalistes, c’est-à-dire de profit. L’école doit être un lieu où l’on se forge un esprit critique pour devenir autonome. Cette remise en cause d’un système éducatif dont le caractère inégalitaire ne date pas d’hier doit passer par une généralisation des luttes et des revendications communes : il va falloir tisser des liens entre étudiants, lycéens, profs, parents d’élèves, personnels d’entretien…L’important étant de s’organiser et de lutter en créant des structures indépendantes et autogérées qui ne soient pas téléguidées par des partis ou syndicats comme la FIDL, l’UNEF-ID et consorts. Créons ces structures basées sur le principe des assemblées générales souveraines et des mandats impératifs et révocables à tout moment, afin de contrôler les décisions et d’éviter la récupération.

Seule la lutte paie !