INTERVIEW DE J.-B. POUY
En collaboration avec « pas
sérial s’abstenir », la librairie Lautodidacte.org
inaugurait une série de rencontres baptisées « Café polar » : rencontre avec
des auteur-e-s de polar. Le premier à essuyer les plâtres fut Jean-Bernard POUY, auteur très prolifique. On
se souvient qu’il est le géniteur du personnage du Poulpe, bourlingué dans de
nombreuses aventures par d’autres auteur-e-s ;
c’était le but du jeu. Car J.-B. Pouy est aussi un
inventeur de collections en tout genre qui permet à de jeunes et de moins
jeunes auteur-e-s de pouvoir être publiés. Il aime
partager son plaisir de l’écriture non seulement avec ses lecteurs, mais il
aime aussi pousser d’autres à rentrer dans le jeu. Ce jeu avec les mots
l’entraîne à participer à l’émission de France-Culture « les papous dans la
tête » qu’il faut se dépêcher d’écouter car la direction à déjà supprimé le
quart d’heure journalier des décraqués, petite sœur
des papous du dimanche prost prendial,
en bref une bande de joyeux drilles, au regard de J.-B. Pouy,
qui ont adopté le mot d’ordre : « j’aime jouer avec la langue… » et qu’ils déclinent dans tous les styles.
Drapeau noir a rencontré
J.-B. Pouy. Voici pour vous !
DN : Le roman noir, tu définirais cela comment ?
J.-B. Pouy : Il pourrait y avoir une définition historique. Il est apparu précisément avec la crise de 29 aux Etats-Unis. Le roman noir c’est quelque chose de transversal dans le polar, si on admet que dans le polar il y a des romans à énigmes, des romans policiers, criminels : ceux qui s’intéressent à la psychopathologie, la quatrième catégorie serait le roman noir ; mais le roman noir peut traverser les trois autres catégories par exemple Ellroy (auteur américain). Ses romans peuvent être classés dans le genre policier, car il y a des flics, c’est aussi des romans criminels et c’est du roman noir.
Le roman noir, c’est un roman de regard et de critique sociale, un roman réaliste, en général contemporain, bien que certains veuillent faire du noir avec de l’historique, pour le vider de son côté subversif.
C’est Hamett qui en est le créateur. C’est un roman qui s’occupe de son temps, assez comportementaliste, assez peu de psychologie ; c’est-à-dire que les gens sont ce qu’ils font et pas ce qu’ils sont, et en même temps pas moraliste. Il n’y a pas de flic, pas de juge, etc. C’est un roman dans lequel il n’y a pas de point de vue moral. Le détective américain des années 30 pouvait prendre le mauvais côté de la balance, il était suffisamment libre pour juger la société et dénoncer la corruption, ce que ne pouvait pas faire à l’époque le roman policier, et même encore maintenant c’est rare. Par exemple Didier Daenninckx tue son flic pour parler d’autre chose. Le roman noir, c’est cela : pouvoir se mettre à côté, de toutes les manières possibles. Le roman noir peut être très dur ou d’investigation. Il peut s’appuyer sur des recherches historiques, il peut être déconnant, humoristique, mais il n’oublie jamais deux choses : le contemporain et le réalisme, sans oublier bien sûr le langage, et ce pourquoi il est noir : décrire la douleur du monde, le côté où ça ne va pas ! Montrer que c’est toujours les mêmes qui morflent. C’est un roman de critique sociale.
DN
: La critique sociale on la ressent surtout en France et en Europe avec
le renouveau du genre depuis vingt ans. C’est des mecs qui comme J.-P.
Manchette se sont mis à écrire depuis leur propre histoire, ce qui n’est pas
forcement le cas des américains et des anglo-saxons en général…
J.-B. Pouy : Tu as raison, cela a été une spécificité de l’école française, avec une petite école aussi en Allemagne qui n’a pas duré.
En France il y a eu une concordance avec mai 68. C’est des gens qui étaient engagés politiquement et qui se sont mis à écrire 10 ans après, mais c’est une fausse idée qui a été répandue qu’ils sont passés du drapeau rouge au roman noir ; (mais pourquoi pas du roman rouge au drapeau noir pendant que vous y êtes…). Beaucoup sont restés militants et ils n’ont pas laissé leur combat tout en écrivant du noir. Par exemple Manotti, ou encore Pécherot.
En Europe et dans le roman sud-américain, c’est venu aussi par le roman policier, au détour de l’enquête du flic. L’auteur en profite pour décrire les bas-fonds et porte des jugements sur ce qui ne va pas. Mais c’est quand même du roman policier. Mais le lectorat préfère cela, découvrir un pays même si c’est dur.
Les auteurs américains n’ont pas les mêmes problèmes que les auteurs français. Nous sommes classés dans la littérature populaire, avant c’était la littérature de gare. Les Américains sont classés parmi les autres, ils ont les mêmes présentations, ils sont tous considérés comme des raconteurs d’histoire. En France, on ne joue pas dans la cour des grands, on nous range dans la littérature populaire. Quelque part je pense que cela nous a protégés, car ainsi on a un lectorat, mais en même temps cette case nous dessert car c’est très difficile de faire valoir notre travail d’écriture.
DN : J’ai l’impression que cela a évolué que le RN est un peu sorti de ce carcan.
J.-B. Pouy : Je crois pas, je pense que c’est pire. On a toujours cette ségrégation dans la présentation avec les pages polar. Il faut se rappeler qu’ils ont tué la science fiction comme cela.
DN : et toi, comment en es-tu venu à écrire du polar ?
J.-P. Pouy : c’est Mosconi qui m’a poussé à écrire. Je lui devais de l’argent, je lui ai écrit une première histoire qu’il a publiée et je me suis pris au jeu et j’en ai fait un deuxième et à partir de là je me suis autogéré. Pour bien parler d’autogestion, il faut passer par l’autogestion personnelle. J’en ai un peu chié au début, maintenant ça marche.
Quelques
titres de J.-B. Pouy (en vente à lautodidacte.org, rue Marulaz
ou sur le net) :
La petite écuyère a cafté.
Nycthémère.
La vie payenne.
La belle de Fontenay.
Nous avons brûlé une
sainte.
Spinoza encule Hegel.
La farce du destin.
Démons et vermeils.
A sec.
Suzanne et les ringards.