QUAND L’ARMEE DE RESERVE SERA SUR LE PIED

DE (LA) GUERRE SOCIALE

 

Les manifestations de chômeurs des années 90 se mêlaient à tout ce que l’on a appelé le mouvement des sans (sans papiers, sans travail, sans logement). Après avoir obtenu une certaine reconnaissance et un certain écho, ces mouvements connaissent un reflux et ne tiennent bien souvent leur permanence que grâce aux militant.e.s politiques salarié.e.s. Il faut dire que le gouvernement a accentué la politique de chasse aux chômeurs/chômeuses, qui se traduit par des radiations beaucoup plus nombreuses et qui fait exploser les chiffres des allocataires du RMI.

La pression du gouvernement et du patronat sur les salarié.e.s est aussi beaucoup plus offensive. Les multiples contrats précaires en sont la preuve, mais aussi le chantage aux délocalisations, les remises en cause des 35 h, les heures sup. non payées, les dépôts de bilan, etc. Ces phénomènes sont liés. Précariser la population travailleuse par la crainte du chômage et asservir les pauvres par des aides de misère et un contrôle accru.

En jargon marxiste, les sans emploi sont « l’armée de réserve » du patronat qui s’en sert comme d’une menace et qui peut faire appel à ces travailleurs/travailleuses pour remplacer les grévistes. Le capitalisme a besoin de cette « armée de réserve » pour faire pression sur les salaires et les conditions de travail.

Aujourd’hui, les choses sont légèrement faussées par ce que l’on appelle « l’in-employabilité » de ces personnes. En gros, certain.e.s catégories de personnes sans emploi ne seraient même plus capables de travailler (avec l’idée prochaine de déclassifier les chômeurs/chômeuses de longue durée dans le handicap, ce n’est plus du chômage mais de la maladie). Mais le problème reste le même.

Il fut un temps où l’on boycottait et empêchait le réemploi de « jaunes » (briseurs de grève) lors de licenciements. Le patronat devait appliquer les choix syndicaux. De nos jours, on licencie et on ne remplace même pas, ou alors par des intérimaires. Mais la question centrale reste celle du travail.

Les salarié.e.s du privé se retrouvent souvent bien seul.e.s dans leurs luttes ultimes contre les licenciements, les fermetures, les délocalisations. Souvent les villes se mobilisent pour leur usine. Mais qu’est-ce qui empêche les chômeurs/chômeuses de venir prêter main forte aux salarié.e.s en lutte, d’occuper les usines, d’organiser le soutien extérieur ? Il va sans dire que cette solidarité doit être réciproque en se battant pour des créations de postes, la titularisation des précaires, le partage du travail et la réduction du temps de travail.

C’est dans les associations de chômeurs/chômeuses, dans les unions locales des syndicats que doit s’organiser cette solidarité permanente. Nous aurons toujours plus de poids quand nous pourrons attaquer l’état et le patronat au portefeuille, quand nous serons enfin prêt.e.s pour cette guerre sociale que la bourgeoisie nous a déclarée.