CE N’EST PAS UNE BAVURE DE L’ARMEE FRANÇAISE, C’EST UN ASSASSINAT

 

L’adjudant chef Guy Raugel qui déclare : « j’ai enfilé le sac poubelle sur sa tête. Je l’ai serré autour du coup et j’ai entouré ce dernier avec le scotch en faisant plusieurs tours afin que l’air ne puisse plus passer. […] Mahé a eu des soubresauts et un râle. Il s’est tendu puis s’est évanoui. »*

Le capitaine de Larminat qui déclare : « je lui est demandé directement (à Burgaud) si Mahé devait arriver mort. »*

Le colonel Burgaud qui déclare à ses subordonnés : « si vous l’attrapez, vous le descendez. » Et qui précise : « Je suis sûr d’avoir dit à Raugel que l’idéal était que Mahé arrive mort de ses blessures. »*

Le général Henri Poncet qui conseille : « roulez doucement, vous me comprenez »*, suggérant par là que la situation idéale était la mort en route de Firmin Mahé.

Revenons sur les faits. Nous sommes le 13 mai 2005.

L’armée française est en Côte d’Ivoire depuis 2002 dans le cadre de l’opération « Licorne », pour assurer la protection des ressortissants de la communauté internationale, mais en fait pour défendre les intérêts de la France dans cette région d’Afrique. Ce jour-là, Firmin Mahé (si c’est bien lui), accusé par les français d’être un « coupeur de route », voleur, violent et violeur, mais aussi d’être proche de la rébellion du nord, est gravement blessé à la jambe puis arrêté par une patrouille française. Il est « l’objet de brutalités sérieuses et répétées » de la part de l’adjudant chef Raugel et de ses subordonnés, selon une enquête de commandement. On donne l’ordre de ramener le blessé à l’infirmerie hôpital de Man. Il n’y arrivera pas vivant et le général Poncet, informé par le général Renaud de Malaussène, décide de couvrir ses hommes. L’affaire s’ébruitera à tel point que la ministre de la défense Michèle Alliot-Marie relèvera, mutera et blâmera les deux généraux. La justice enquête (lentement ?) et  actuellement cinq militaires sont mis en examen dans l’assassinat de Firmin Mahé.

On nous dit que la suspension d’un général est une décision rarissime. On veut bien le croire. Les gouvernants n’ont pas pour habitude de reprocher à l’armée les bavures et autres « dommages collatéraux » qu’elle a pu commettre. La guerre d’Algérie en a fourni maints exemples : de Bigeard à Massu, en passant par Aussaresses, les généraux et cadres militaires se sont toujours montrés solidaires de leurs troupes et fiers de couvrir – quand ils ne les avaient pas directement inspirés – les exactions, les tortures, les viols ou les exécutions sommaires commis sur les terrains d’intervention.

Alors l’armée école du crime ? En tout cas école de la soumission à ses supérieurs et de l’obéissance aveugle. Vous me direz que balancer des missiles ou des bombes à des kilomètres sans voir son ennemi ou l’assassiner de sang froid…

Armée Française hors de Côte d’Ivoire et plus généralement hors d’Afrique !

A bas toutes les armées !

* Ces paroles prononcées ne sont pas tirées d’un livre digne d’un café polar à l’autodidacte mais tirées de rapports internes de l’armée et de la procédure judiciaire en cours. (Source le Monde du 14/12/05)