COUPE DU MONDE PROSTITUEE

 

L’Allemagne attend quelque 30 millions de visiteurs pour la Coupe du Monde de football qui a débuté en juin. Une manne pour les proxénètes d’Europe et d’Afrique, qui se disputent le terrain.

La prostitution peut-elle être un petit commerce ?

L’Allemagne a légalisé la prostitution en 2002. Cela devient un commerce comme les autres : une « liberté » pour les personnes prostitué-es d’offrir un service à la personne (le client !) et des taxes et impôts pour l’état.

La liberté de se prostituer continue d’avoir les faveurs des libéraux qui brandissent à tout va l’idée d’une prostitution libre et sereine. Cette idée nie tout simplement la réalité sociale et économique des personnes prostituées et masque la réalité du  système prostitutionnel.

La prostitution n’est pas un petit commerce indépendant, c’est un système économique mondial qui rapporte gros, aux mafieux comme aux états. Les réseaux de prostitution sont aussi des réseaux de ventes de drogues et d’armes.

Pour la coupe du monde de foot, les petits entrepreneurs s’organisent aussi !

« Le football et le sexe vont de pair  », déclare l’avocat des promoteurs du bordel géant actuellement en construction près du Stade de la Coupe du monde à Berlin. L’Allemagne attend quelque 36 millions de visiteurs pour l’événement sportif de l’été ; et dans ce pays où la légalisation de l’industrie du sexe transforme les proxénètes en d’honorables entrepreneurs, l’édification de cabanes dans des espaces clôturés, pouvant accueillir 650 clients, est juste une formidable idée pour se remplir les poches. Dans les autres villes allemandes où auront lieu des matchs, on s’organise pareillement pour assurer le bien-être des sportifs actifs ou passifs surchauffés.

Comme on s’approvisionne en bière, on s’approvisionne en femmes.

Selon les estimations, elles pourraient être 40 000 à franchir (ou tenter de) les frontières allemandes. Sur quoi se base-t-on pour établir des prévisions ? On sait que le milieu s’agite, notamment au Brésil et dans de nombreux pays d’Afrique, où l’on promet aux femmes non seulement une mine d’or mais encore la possibilité de s’établir en Allemagne à la faveur de la légalisation. La Camerounaise Amély-James Koh Bela, présidente de l’association Africa Prostitution à Paris, rapporte qu’on recrute dans les rues de nombreuses villes africaines, et que des femmes sont parties s’installer sur place, prévoyant que les contrôles iraient en s’intensifiant au fur et à mesure qu’approcherait le lancement de la Coupe. A raison, puisque le commissaire à la Justice de l’U.E. a suggéré de durcir durant la durée des rencontres les conditions d’obtention d’un visa pour les ressortissant-es de pays non-membres, en particulier « les pays tiers où, selon les statistiques, les femmes sont exploitées sexuellement ». (Sur ce critère, on pourrait fermer les frontières aux ressortissant-es de tous les pays du monde !)

Si des informations sur la mobilisation des réseaux de proxénétisme parviennent jusqu’en Europe, comment se fait-il qu’on ne s’attaque pas aux dits réseaux ?

Est-ce pour ne pas être accusé de protectionnisme nationaliste, que l’opportunité d’organiser une riposte internationale au trafic ne sera pas saisie ?

« Carton rouge à la prostitution forcée ! » clame une campagne lancée dans le pays en février. Nous voilà rassuré-es : il n’est pas question de priver sportifs et supporters de chair fraîche. Juste de trier le bon grain de l’ivraie. D’un côté, les pauvres étrangères introduites en fraude par les méchants mafieux ; de l’autre, les bienheureuses « travailleuses » des gentils entrepreneurs allemands promoteurs de bordels géants. Et tout ira pour le mieux au paradis de l’industrie du sexe légalisée.

En France, pays abolitionniste (pays parmi d’autres qui n’a pas légalisé ce petit commerce), nous assistons aujourd’hui, avec la loi de Sarkozy, à une plus grande stigmatisation et encore plus de fragilisation des premières victimes du système prostitutionnel : délit de racolage passif, pas d’aide sans dénonciation du proxénète (et encore, dans ce cas, la personne prostituée n’est pas assurée d’être protégée d’éventuelles représailles sur elle et sa famille. Des solutions répressives qui ne remettent pas en question le système patriarcal qui sous-tend ces pratiques et qui fait des femmes des objets, mises à disposition des hommes

La prostitution est un système qui exploite la misère, sur fond de domination masculine.

La prostitution est le reflet de rapports archaïques entre hommes et femmes, les rôles s’y répartissent d’une façon très sexuée : la majorité des prostitué-es sont des femmes et la quasi-totalité des clients sont des hommes. Et même lorsque des hommes se prostituent, les clients restent très majoritairement des hommes.

La prostitution exploite la misère économique des pays les plus pauvres : 70 % des prostitué-es sont d’origine étrangère, fragilisé-es par leur absence de papiers. Une analyse des différentes formes de prostitution révèle un point commun aux parcours personnels qui mènent à la « vente » de son corps : la vulnérabilité économique. Celle-ci s’accompagne d’autres vulnérabilités – sociale, physique, affective…

La prostitution serait un mal ancestral et nécessaire, un régulateur social, les hommes auraient des pulsions irrépressibles qu’ils devraient assouvir sous peine de violences… Tant d’arguments fallacieux pour légitimer la prostitution. La prostitution est une expression de la domination masculine au même titre que la violence conjugale (2 millions de femmes battues par leur conjoint), les viols (48 000 femmes violées en 1999. Source : enquête nationale sur les violences envers les femmes en France, 2000) et la violence symbolique du sexisme ordinaire qui s’insinue dans nos vies à travers les insultes, la publicité et même dans l’éducation des enfants.

La négation de la sexualité et des désirs des femmes, l’absence d’une éducation sexuelle, qui ferait rimer sexualité avec égalité et respect, sont autant de cause aux problèmes de violences (et pas seulement envers les femmes !).

Nous devons ensemble choisir nos vies.

Refuser la prostitution ne veut pas dire combattre, cacher, ou encore légaliser les personnes prostituées, mais avoir une vraie réflexion sur notre sexualité, nos désirs et la façon de les satisfaire.

Mais c’est lutter contre une société qui  repose sur la frustration des désirs pour mieux faire consommer du futile.

Mais c’est aussi lutter pour une société où l’égalité sociale et économique règne, où l’autogestion des moyens de production, comme de ceux de vie, est la règle.

Faisons confiance à notre imagination et non aux marchands de rêves qui pour le coup sont des cauchemars !