DE LA LAÏCITÉ À L’ATHÉISME

 

Fin mai dernier, le groupe Proudhon de la FA a organisé une conférence sur ce thème à la librairie L’Autodidacte (www.lautodidacte.org) avec un intervenant local, Christian Guilleminot pour l’association CROA (Cercle des résistants à l’oppression des agenouillistes) et un intervenant extérieur, Roland Bosdeveix pour l’Association des libres penseurs de France.

L’intervention de Christian a surtout porté sur ses démêlés avec la municipalité au sujet des entorses à la loi de 1905 qu’elle pratique allègrement, celle de Roland sur l’historique et les activités de la libre pensée en France.

1905, une date importante à se souvenir

La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, adoptée en 1905, trouve ses origines dans la révolution française de 1789 et toutes les poussées humanistes, positivistes, scientifiques qui ont suivi. L’apparition du prolétariat moderne dans les villes, les révoltes ouvrières, la diffusion des idées socialistes ont aussi donné de la force aux idées antireligieuses. La Commune de Paris de 1871 a marqué l’apparition du prolétariat moderne sur la scène politique. Les mesures prises consommaient la séparation totale d’avec la religion. La réaction cléricale fut féroce (avec la construction de la Basilique du sacré cœur, la mort et la déportation des militant.e.s ouvrièr.e.s, dont Louise Michel).

Mais les mouvements d’émancipation ne pouvaient pas s’arrêter. En 1895, les syndicats sont créés, avec la CGT. Le mouvement ouvrier continue à pousser vers des réformes sociales. C’est dans ce contexte que la loi de 1905 est votée, sorte de compromis entre la Religion et l’Etat, ce dernier versant des subsides conséquents à l’Eglise en échange, mais il reste encore du boulot à faire.

Le Concordat existe toujours en Alsace Lorraine puisque ces régions étaient allemandes de 1870 à 1918. L’Etat paie toujours les enseignant.e.s des écoles privées, religieuses. Les monuments religieux sont restaurés par nos impôts, les multiples associations religieuses sont financées, etc. Les attaques contre la laïcité se multiplient par ceux-là mêmes qui s’en déclaraient les garant.e.s lors du vote de la nouvelle loi contre les signes religieux ostentatoires à l’école.

1905, une lutte importante à poursuivre

Après avoir brossé le tableau alarmant des attaques contre la laïcité, que nous reste-t-il à faire ? La lecture de la dernière brochure fédérale, Anti-religion – regards sur l’obscurantisme religieux et la nécessité de la combattre (disponible à l’Autodidacte pour 4 euros) nous rappelle que la laïcité est un combat permanent. Ce combat n’est pas une spécificité française. Partout dans le monde, des hommes et des femmes se battent, souvent au péril de leur propre vie, contre l’imposition des valeurs religieuses, que ce soit en Algérie, en Irak, en Irlande, en Pologne, en Espagne ou en France. Ici, les débats sur le voile à l’école ont remis le terme de laïcité à la Une des journaux, mais pour mieux le dévoyer. On tend à lui substituer une tolérance envers les religions, à les laisser s’exprimer et faire du prosélytisme. Le débat est resté circonscrit à l’école – héritage de l’idéal républicain étatiste - affaiblissant la portée émancipatrice de la séparation de l’espace public, qui doit être dénué de signes religieux, et de l’espace privé. Il est vrai que le cas de l’école est symptomatique. L’Etat se désengage des services publics, organise leur asphyxie économique, leur baisse de qualité pour mieux justifier leur remise en cause et leur cession au privé. Les ministres ne parlaient-ils pas de mieux financer les écoles confessionnelles au lieu d’améliorer les conditions de travail et d’étude des écoles publiques ?

Le travail des militant.e.s athé.e.s doit être de refouler les signes religieux loin de nos espaces de vie. Nous devons lutter contre le financement des religions, de quelque façon que ce soit. Ce sont aux adeptes de ces sectes religieuses de financer leurs lieux de culte, leurs actions, associations et autres manifestations. Ce combat peut s’appuyer sur la loi de 1905 en étendant son champ d’application car l’Etat, seul, ne saurait être le garant de cette liberté. En effet, l’Etat se sert toujours de la religion pour asseoir son autorité. Il n’est qu’à voir la création du Conseil du culte musulman pour s’en convaincre et toutes les apparitions d’hommes et de femmes d’état dans des cérémonies religieuses. Décidément, nous ne pouvons pas compter sur ces sinistres personnages. Leur dernière tentative d’en finir avec la laïcité s’est révélée dans le projet de Constitution européenne, heureusement désavoué par le peuple.

Nous devons faire en sorte que les religions ne gagnent pas du terrain car ensuite, nous sommes assez démunis. Il est plus que difficile de convaincre un.e croyant.e de l’inexistence d’un dieu. La foi ne s’appuie pas sur des démonstrations logiques. Face aux religieux.ses, reste le blasphème, l’irrévérence, l’intolérance, afin de les choquer (et il leur en faut peu), de les tourner en ridicule et de sourire un peu de leurs niaiseries. Pour cela, nous devons défendre le droit à la critique de toutes les religions, de tous les textes sacrés. Jocelyn Bézecourt, dans la brochure déjà citée, rappelle en quoi les procès pour « islamophobie » présentent des risques pour l’exercice de cette critique. En attaquant la religion, en montrant ces incohérences et ses crimes, nous n’attaquons pas les croyant.e.s. Leur personnalité, leur individualité n’est pas limitée à leur appartenance religieuse et leur origine ethnique ne les cantonne pas non plus dans une secte religieuse : les arabes ne sont pas forcément musulmans, les américain.e.s ne sont pas tou.te.s chrétien.ne.s, les israélien.ne.s ne sont pas nécessairement des racistes judaïques.

Revendiquons notre liberté à vivre sans religion et la nécessité de s’en protéger.