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REFLEXIONS SUR L’EDUCATION

 

Les manifestations lycéennes du début de l’année 2005 constituent un phénomène extrêmement positif et ont prouvé que la jeunesse possédait encore une conscience politique, ainsi qu’une capacité de réflexion et d’organisation autonome. Cependant, ce mouvement a aussi témoigné de son immaturité et a monté de nombreuses limites et de grandes faiblesses. Il serait donc intéressant de réfléchir à la remise en cause du système éducatif actuel qui n’a pu avoir lieu durant le mouvement lycéen, non pas à cause des lycéens mais à cause de la récupération du mouvement par les enseignants et de la tentative d’intrusion de certains syndicats et partis politiques dénués de convictions.

Il faut bien se rendre compte que le système éducatif actuel se signale par son injustice et ses profondes inégalités. Il n’est rien d’autre qu’une grande prison destinée à jeter les bases de la soumission, de l’exploitation et de l’oppression dès l’enfance. Faisant partie intégrante de la société, l’école ne se soucie absolument pas des enfants, mais sert à protéger l’Etat, l’Autorité, le Capital et l’Ordre social d’une jeunesse qui est la première à souffrir de la servitude. Le but de l’école est de créer et de développer l’instinct grégaire, de former une main-d’œuvre qui aura à la fois ses cadres et ses parias, de dégager une élite qui sera un outil utile, tout en étant aussi exploitée que le reste du troupeau. Le système éducatif méprise ses élèves, bannit et marginalise les autodidactes et tous ceux qui lui sont opposés. La notation, le classement, la sélection, la pression psychologique y sont permanentes. Seuls des apprentissages de base et des méthodes y sont enseignés, mais la connaissance, la savoir et la culture, qui permettent l’émancipation et sont libérateurs, sont systématiquement pourchassés. Ainsi l’histoire se résume à quelques faits sommaires et à l’analyse de documents, sans ordre ni cohérence, et fait l’apologie des « démocraties libérales ». Ainsi le français n’est plus qu’un « outil de communication ». Ainsi jusqu’en première les mathématiques et la physique chimie se bornent à des principes destinés à être appliqués en situation  réelle. Ainsi les sciences économiques et sociales ne sont plus que des techniques de commerce capitaliste. Ainsi la philosophie et les langues anciennes sont délaissées. Ainsi les langues ne sont pas enseignées pour permettre à l’élève de découvrir ou d’échanger, mais uniquement dans un but commercial. Ainsi la technologie et les arts plastiques consistent en l’apprentissage du dessin industriel et une maîtrise plus que sommaire de l’informatique. Ce constat désastreux n’est pas nouveau, il date de 1882 et est aussi vieux que le système scolaire lui-même, et touche aussi bien les sciences humaines et sociales que les sciences exactes. De plus, ce système odieux est absolument incapable de toute remise en cause et a réussi à convaincre une très large majorité d’enseignants  de sa validité. Seule une petite minorité courageuse, bafouant les directives, cherche à communiquer une authentique culture aux élèves ou demande à être nommée là où la situation est la plus dure. Le système scolaire est l’œuvre d’un appareil étatique et bureaucratique qui refuse toute élévation intellectuelle, opprime le groupe comme l’individu, fait peser un « talon de fer » sur l’ensemble et la totalité de ses citoyens. Il est le fruit d’une société qui a peur et qui craint sa jeunesse. Il est souvent dit que si l’école n’existait pas, les jeunes passeraient leur temps dans la rue, alors que sans l’école il y en aurait beaucoup moins que maintenant. Fiction contre réalité. Il est sûr que, comme on l’entend souvent, la jeunesse de l’Europe occidentale est la plus heureuse du monde. Mais dans l’absolu, peut-on dire qu’une jeunesse est heureuse quand elle connaît 30 % de précarité et 20 % de chômage, quand le suicide en est la première cause de mortalité, quand son imagination et ses rêves sont détruits, quand on la note constamment, quand elle se perd dans la violence, la dépression ou la consommation de médicaments et de produits destinés à créer un paradis artificiel, quand une partie importante de cette jeunesse devient marginale ? L’école favorise les riches par rapport aux pauvres, mais elle fait souffrir les riches comme les pauvres ! Seuls ceux qui ont accès à la connaissance en dehors du système scolaire pourront devenir savants, mais ce système les broiera ou essayera de le faire.

Nous pouvons donc dire que le système éducatif est mauvais et qu’il ne sera ni aggravé ni amélioré par aucune réforme. Il doit être détruit comme doit être détruite toute oppression qui nous empêche de vivre libre et debout ! Il prive l’enfant de son imagination sans rien lui apporter. Quand il sera détruit, il ne devra pas être remplacé, car il n’y aura plus d’écoles. En effet, « tout sera école autour de l’enfant » (Ivan Illich).