LES TANNERIES – CHRONOLOGIE
Les
Tanneries : contre vent libéral et marées policières, huit années
d’autogestion libertaire et d’insoumission créatrice.
Suite à un
entretien avec quelques amis des Tanneries (octobre 2005), Drapeau Noir vous
propose la chronologie emblématique d’une lutte obstinée pour la survie et
l’épanouissement d’un squat autogéré, battant pavillon Noir au nez et à la
barbe de
1995/1997
: présence sur Dijon d’un potentiel
d’agitation intéressant, à l’origine de la création des Tanneries. Le collectif
multiforme Maloka, carrefour libertaire des luttes
dijonnaises, s’impliquera largement dans l’ouverture du squat. En rade de salle
de concert (1997), c’est d’abord pour répondre à une situation d’urgence que le
collectif et quelques potes occupent partiellement l’endroit (les Tanneries
sont d’anciens locaux administratifs de la municipalité, abandonnés dans la
friche industrielle dijonnaise). Au 15 et 17 bd de Chicago, on joue alors au
chat et à la souris avec les autorités…
Eté
1998 : émerge l’idée d’une occupation permanente du lieu pour vivre et
développer des activités socio-culturelles.
Octobre
/ hiver 1998 : Création du collectif des Tanneries, composé d’individu-e-s et d’associations dijonnaises, indépendant de Maloka. Occupation, aménagement, premiers travaux, réalisation
du projet…
Eté
1999 : l’hiver fini,
Octobre
1999 : décidément agacée par la vigueur et le succès du projet,
16
juin 2000 (soir) : Au plus fort d’un concert réunissant pas moins de 600
personnes, un incendie ravage une bonne partie du squat. L’acte criminel fait
tristement écho à plusieurs tentatives d’inspiration pyromane ayant menacé le
squat quelques mois auparavant. Les autorités saisissent cette occasion – rêvée
! – pour mettre en place une nouvelle procédure d’expulsion contre les gens des
Tanneries. Remarquez, on n’en attendait pas moins d’eux…
Fin
2000 : Procès (perdu par le collectif), nouvelles mobilisations, nouvelles
visites des flics, re-négociations… actions ciblées de contestation (août : occupation
des locaux d’EDF-GDF, qui ont coupé le jus après l’incendie). Par chance, une
scène de spectacle – épargnée par le feu – reste disponible pour le public, ce
qui permettra au collectif de continuer d’exploiter l’espace culturel, tout en
laissant le temps aux Tanneries de se reconstruire… Excédée par tant
d’obstination, et lassée de voir ses propres bureaux assaillis par
d’irréductibles anars,
2001-2002
: Les Tanneries renaissent de leurs cendres et vivent une période de paix relative.
Création du mouvement « intersquat » permettant de
solidariser les initiatives de squat autogéré (à visiter : www.dijon.squat.net).
Après des décennies de droite conservatrice, Dijon se découvre une vocation de
ville socialiste. Merveilleux ! Après la gauche caviar, la gauche moutarde, vous
connaissez ? Pendant sa campagne électorale (municipale), le PS local n’hésite
à flatter les Tanneries, voire à s’en
servir comme argument électoral. Comme c’est sympa… Seulement voilà, cela
n’empêchera pas la nouvelle Mairie – socialiste ! –, quelques temps après son
élection, de sortir discrètement de son chapeau un superbe PROJET DE
DESTRUCTION ! concernant, je vous le donne en mille : les
anciens locaux administratifs des Tanneries ! Quelle blague… Le projet n’est
pas passé – mauvaise presse pour une mairie de gauche ! – et ne semble plus
d’actualité (méfions-nous de l’eau qui dort). La crise politique de
2003-2005
: Création – entre autres projets réalisés – de l’espace « Info Kiosque » (bibliothèque
alternative, archives de presse, production/diffusion, tables de presse,… on
peut visiter le site www.infokiosques.net pour en savoir plus).
Aujourd’hui
: Le bail d’occupation précaire a été reconduit récemment, ce qui laisse
espérer une nouvelle période de tranquillité (3 ans, c’est déjà ça). Le squat
reste fidèle à sa vocation : Espace socio-culturel
alternatif (nombreux concerts prévus cet automne/hiver), squat autogéré ouvert
au public (lors des A.G. par exemple), mais également bastion libertaire, foyer
de nombreuses initiatives activistes non-violentes : participation solidaire
aux actions de l’Anarchist Black Cross (réseau de
soutien aux prisonnier-e-s politiques), soutien actif
aux mouvements féministes, aux réseaux antifascistes ou « No-border
», manifestations anti-Davos ou anti-G8, contacts nombreux avec les groupes
libertaires et
La morale de
cette histoire tourmentée ? Elle pourrait être, du propre avis de gens des
Tanneries, que « de la nécessité naît l’ingéniosité »… Envers et contre
tout, les Tanneries ont bien prouvé qu’un espace repris à la logique
marchande pouvait réellement devenir un
espace de création et de diffusion indépendantes à force d’obstination, d’organisation
et de résistance. L’expérience des squatteurs et squatteuses des Tanneries leur
a permis, à travers leurs luttes et leurs coups de gueule, de concilier
quotidien et engagement militant, et de ne pas couper l’action militante de la
vie (chose rare de nos jours !). Le squat devient alors un acte plein de sens :
attitude politique et idéologique, expérience de liberté… Enfin c’est manifeste, l’autogestion favorise le développement et
l’émergence de réseaux (de soutien, de sympathie) qui font
du squat un lieu polysémique, constamment enrichi d’influences extérieures et
diverses. Il se définit d’abord comme un lieu ouvert sur le monde (les
Assemblées Générales sont d’ailleurs ouvertes au public… et tous les ans les
Tanneries proposent plusieurs journées « portes-ouvertes
»).
Quelques
pistes ou conseils pour ouvrir un squat ? Il n’y a pas de solution miracle, mais
globalement, on peut discerner trois ingrédients indispensables à l’ouverture
d’un squat : la connaissance fine des textes de loi encadrant l’occupation. Une
bonne gestion du rapport de force numérique (50 personnes à l’ouverture des
Tanneries, en 1998) Savoir user (sans abuser) des médias, et sensibiliser le
public. Pour le reste, les gens des Tanneries seront toujours prêts à dispenser
des conseils éclairés à ceux que LE Squat intéresse (on peut consulter la page
« Le squat de A à Z » sur le site d’infokiosques).
CONTACTS :
Espace autogéré des Tanneries
– 13-15-17 bd. de Chicago – Dijon.
Tél. : 03-80-666-481.
Web : dijon.squat.net
Mèl : tanneries@squat.net
Sites à visiter :
brassicanigra.org
indymedia.org