MUSIQUE : CONVERSATION

AVEC UN CERTAIN MONSIEUR Z

 

Une musique inclassable, des textes percutants, Monsieur Z prend de plus en plus de poids sur la scène régionale. Rencontre avec J.-B., alias « Monsieur Z ».

DN : Salut, Monsieur Z ! La Z team a été sélectionnée samedi 2 avril pour le tremplin des Eurockéennes. Comment s’est passée cette sélection et comment réagissez-vous à l’idée de jouer dans ce gros festival ? Joie ? Trouille ?

M. Z : Salut monsieur. Non, en fait, on n’a pas trop envie d’y aller aux Eurockéennes, on est dégoûtés, on avait prévu un tournoi de pétanque/barbecue le premier week-end de juillet, du coup il tombe à l’eau, ça fait chier merde ! On a donc arrêté l’entraînement pétanque et on se retrouve obligés de bosser nos gammes, comme si on avait que ça à foutre vraiment.

Non pour l’instant on n’a pas peur, on est juste content, alors on fête ça en buvant l’apéritif au petit déjeuner tous les matins. Je sais pas si on va tenir jusqu’aux Eurocks sans problème avec nos foies.

DN : Comment se compose la formation actuelle de la Z team et depuis combien de temps tournez-vous avec cette dernière ?

M. Z : Nous sommes 4. Donc il y a Guillaume qui fait de la guitare et chante un peu, Nicolas qui joue de la basse et chante un peu mais moins, Stéphane qui vient d’arriver qui fait la batterie et lance l’électronique, et moi-même : monsieur Z qui chante, joue un peu de guitare, fait la danse du ventre et joue au caps sur scène. Cette formation tourne depuis l’arrivée de Stéphane, début 2005 mais nous jouions déjà en 2004 avec un autre batteur.

DN : Monsieur Z sort son premier album le 15 mai. Quelle est la genèse de ce dernier, comment s’est passé le travail, qui fait quoi ?

M. Z : Oui on sort l’album le 15 mai en avant première sur le site, en magasin le 20 mai.

Alors, j’ai commencé d1g1tal EQ fin 2002 et terminé la compo mi 2004, en mettant régulièrement les compos en téléchargement gratos sur le site.

Depuis, nous avons réenregistré les voix et les guitares, et ensuite Julien Woittequand a réarrangé les morceaux.

DN : C’est toi, je crois, qui écris les textes. Certaines chansons sont très en prise avec le réel, voire engagées, d’autres sont plus « obscures », peut-être plus intimes (ton côté Lalanne, peut-être ?). Comment écris-tu ? Qu’est-ce qui t’inspire ? Est-ce important pour toi de faire passer des idées (je précise que le leitmotiv-slogan de Monsieur Z est « Refuser la norme, rester libre ») ?

M. Z. : Oui c’est bien moi qui écris les textes et la musique aussi. Alors pour écrire j’ai de grandes bottes comme Francis mon idole, et j’écris assis la plupart du temps,  avec la main droite. Ce qui m’inspire, ce sont les actualités (sur d1g1tal EQ, les actualités télévisées, je comprends pas comment font les gens pour regarder la télé et ne pas la casser, je pige pas... peut être que les prix des battes de baseball sont trop élevés), les faits divers. Ce qui m’inspire en règle générale, c’est la place d’un individu dans la masse.

Et oui, c’est, important pour moi de faire passer des idées, c’est le devoir de chaque citoyen d’en avoir, d’en parler, de les faire avancer et de ne pas laisser faire les pingouins qu’on voit le soir à la télé justement.

DN : Tu te sens « citoyen » ? Pourtant, le citoyen, c’est aussi celui qui vote pour les pingouins de la TV comme tu les appelles et c’est aussi, celui qui met son casque et prend son fusil quand on le lui demande ? « Refuser la norme, rester libre », je vois plus trop bien là ? (C’est juste une petite question en passant, parce que moi, je n’aime pas beaucoup le concept de « citoyen », je préfère celui « d’individu » qui, pour moi, renvoie plus que « citoyen », aux notions de conscience, responsabilité, sens critique... Je sais, c’est des mots, mais bon…)

M. Z. : Ah je ne vois pas ça comme ça, c’est une question de sens.

Pour moi, le citoyen est l’individu qui fait partie d’un tout, qui peut être acteur de ce tout ou pas, c’est effectivement celui qui vote, quant à aller faire la guerre, c’est aussi à lui ou elle de choisir.

Après, voter pour des pingouins, je fais partie de ceux qui votent, je trouve ça facile d’être contre, en attendant on vit dans un système, alors soit on essaie de l’améliorer, soit on se bat contre, soit on s’en fout et on se bourre la gueule.

Après, quand tu votes, c’est vrai qu’il y a un problème. Depuis que je vote, je vote jamais pour, je vote contre, mais je préfère ça que de pas voter… pas très anarchiste ça dis donc ?

DN : Je vois ce que tu veux dire, ce n’est pas ma tasse de thé, mais je comprends la démarche. Quelques petites précisions tout de même. Je ne suis pas anar pour le simple confort intellectuel d’être toujours contre, bien au contraire. Je suis conscient de faire partie d’un système (sinon, j’irais habiter dans les bois et je mangerais des racines), mais j’ai envie de changer certaines choses. Cependant, attention, je n’ai pas de solutions « clef en main », loin de là, sinon je serai à LO ! Je me pose seulement des questions et j’essaye d’apporter des pistes de réflexion, d’autres questions… qui peuvent amener à une autre manière de penser et de gérer la société. Lutter, faire fonctionner une librairie autogérée, réfléchir, faire un périodique, ce n’est pas seulement être contre, c’est en quelque sorte « participer au système » en élaborant d’autres expériences, en mettant en place d’autres pratiques (autogestion, contrôle des mandats…) que celles qui ont cours. L’abstentionnisme n’est donc pas une fin en soi pour les anars, puisqu’il se double d’une autre manière de s’engager, que ce soit pour, contre, avec, sans… Ce n’est ni facile, ni toujours marrant, c’est pour ça que des fois, je me bourre aussi la gueule, ça défoule ! Bon, revenons à la zik

M. Z. : Attends, là-dessus, chapeau, sérieux, je suis à fond d’accord avec ça. Mais ce qui m’emmerde, c’est que t’es pas représenté, et que la façon d’être représenté dans le système actuel, c’est de voter, donc voilà ! C’est pour ça que je vote, et je me dis que si tout les gens comme toi qui se bougent se mettaient à voter, ce serait pas un gouvernement de droite qu’on aurait, parce que toi comme moi, on n’a pas envie de voter à droite. Voilà mon opinion sur la question. Si on était dans la police, est-ce qu’on deviendrait cons ou est ce que la police serait meilleure ?

DN : Tu écris les musiques de Monsieur Z,  je n’aime pas les catégories ni en littérature, ni en musique, mais on me demande souvent : « monsieur Z, c’est quoi comme style »et je sais pas quoi répondre. Toi, que réponds-tu quand on te pose cette question et comment vis -tu ta musique ?

M. Z. : Bah,  c’est toujours la question un peu pénible, parce que monsieur Z c’est un mélange d’influences. Donc, pour faire court, je dirais que c’est de l’électro ragga féroce, et pour expliquer un peu plus, c’est des basses dub sur des rythmiques électroniques, des guitares mélodiques ou saturées, des sons électros et un chant hip hop ou ragga.

DN : Bon, sur la question de la représentation dans le système politique actuel, j’ai encore à dire, mais on en discutera de vive voix autour d’un verre, car sinon la place va manquer… Dernière question : Quels sont vos projets dans les mois à venir ?

M. Z. : Et bien, sortie de l’album le 15 mai sur le site www.monsieurz.org et le 20 mai chez les disquaires. Parallèlement, nous commençons plus sérieusement à jouer dans le coin et ailleurs. Nous partons jouer en Espagne pour le Black music Festival la semaine du 15/04, ensuite le 7/05 à Salins-les-bains, le week-end du 15/05 au FIMU à Belfort, le 19 au Bistroy à Lyon, le 27/05 au moulin de Pontcey, le 28 au Cylindre, et ça continue en juin et cet été où nous aurons le plaisir de jouer dans quelques festivals.

DN : Monsieur Z, merci, quelque chose à rajouter ?

M. Z. : Oui donc, grand concours de pétanque le premier week-end de juillet sur la presqu’île de Malsaucy, emmenez du pastis et un bob, des fois qu’il y ait du soleil, va pas falloir chopper une insolation… Venez avec vos boules !

L’album de Monsieur Z sera prochainement disponible à Lautodidacte.org, 5 rue Marulaz.