UNE SOCIÉTÉ PRÉCAIRE

 

L’horizon s’obscurcit chaque jour un peu plus

La précarité représente un véritable enjeu de société. Elle ne concerne pas seulement les précaires, même si bien entendu ce sont eux qui pâtissent le plus directement et le plus cruellement d’une situation dont on est en droit de se demander si elle répond à un choix politique délibéré, guidé par la gestion à très court terme d’une administration peu éclairée sur une vision d’ensemble et d’avenir.

Au niveau national et toutes catégories confondues, on compte de 600 000 non titulaires selon R. Dutreuil à 1,4 million selon l’Observatoire pour les statistiques sur 6 millions d’emplois publics (fonction publique au sens large). Mais, la précarité s’étend aussi à l’ensemble de la société, du Privé à la Fonction Publique, de l’Entreprise à l’Education nationale, c’est-à-dire pour cette dernière aux racines de notre avenir même.

Le cas de l’Education nationale

C’est sur cette Education Nationale que nous nous concentrerons ici, car si le Collectif des précaires de Franche-Comté, qui s’est créé à l’automne, est un collectif ouvert à tous les secteurs mentionnés précédemment, l’essentiel de ses membres relèvent néanmoins de ce secteur. Sans céder à l’esprit corporatiste et à la défense des intérêts personnels qui ne font qu’aggraver la politique gouvernementale, il est vrai qu’il est plus facile de lutter sur des choses qu’on connaît : la complexité technocratique et juridique oblige à un état des lieux préalable à toute contestation. Des titulaires se battent ainsi à nos côtés, car certains d’entre eux ont, contrairement à d’autres, bien conscience des conséquences globales et durables sur le système éducatif et sur la société.

Rappelons que l’EN est elle-même fragmentée en plusieurs catégories, sans compter le morcellement interne à chacune : celles du primaire, du secondaire et du supérieur, celles des enseignants et des administratifs, et surtout pour ce qui nous concerne entre précaires et non précaires.

Pour ceux qui l’ignorerait, qu’est-ce qu’un précaire de l’EN ? C’est avant toute chose, un non-titulaire. Cela peut-être ensuite au choix, mais pas à celui de l’intéressé, un vacataire ou un contractuel, ou encore un Maître Auxiliaire « historique », que les prétendus plan de résorption de la précarité ne seront pas parvenus à tous intégrer. Dans cette cohorte (nous sommes prêt de 2000 dans l’Académie de Besançon), il faut compter les enseignants-chercheurs, les emplois jeunes, les assistants d’éducation. Tous embarqués dans un bateau qui prend l’eau.

Un enseignant, par exemple, opèrera comme :

- vacataire, soit moins de 200 heures/ an, payé à l’heure, sans congés payés, ni congé maladie ;

- ou contractuel, soit plus de 200 heures/ an (pas payé à l’heure, bénéficiant des congés payés, mais le rectorat s’arrange souvent pour ne pas inclure les vacances d’été).

On devient enseignant précaire à partir d’une heure d’enseignement comme vacataire ou contractuel. Car cette situation peut durer pendant plusieurs années. Certains d’entre eux ont travaillé pour l’Education nationale une dizaine ou une vingtaine d’années, sous ce non-statut.

« Passez les concours ! »

Lorsqu’ils se plaignent ou s’interrogent sur leur sort, un argument « prêt à l’emploi » leur est systématiquement opposé : « Passez les concours ! »

Mais cet argument s’effondre, dès lors que l’on considère le nombre de postes offerts aux concours : un tiers de moins entre 2003 et 2004, alors que le nombre des prétendants, lui, ne fait qu’augmenter chaque année.

- Nombre de postes ouverts au titre des concours externes du 1er degré : 13 000 recrutements pour 17 000 besoins.

- Nombre de postes ouverts au titre des concours externes du second degré en 2004 : 12 500 contre 18 000, en 2003 et 2002, alors que ces années-là le Ministère de l’Education nationale avait déjà rendu déficitaires les concours de 2 500 places.

- Le prétendu « concours réservé », supposé résorber la précarité a été un échec pour les enseignants qui n’étaient pas Maîtres Auxiliaires.

Pour ceux qui subissent, plus ou moins consciemment, cette organisation du système, depuis une dizaine ou une vingtaine d’années, leurs compétences acquises sur le terrain ne sont nullement reconnues et se heurtent à l’hostilité des syndicats, même face à la revendication d’une titularisation sans concours.

Des conséquences individuelles et un enjeu de société

On constate ainsi une augmentation du précariat et une aggravation dramatique de la situation personnelle des non-titulaires : de 0 à 6 heures par semaines pour vivre, soit de 0 à 500 euros mensuels pour vivre, à quoi il faut soustraire les frais d’essence, car le précaire de la fonction publique n’a ni « panier », ni défraiement pour le transport, ni prime de précarité, contrairement au privé. Nous soulignons ici qu’une partie du précariat est « résorbée » par le chômage.

On assiste également à une multiplication des contrats pour un même précaire, lorsqu’il s’agit de contrats à l’heure, ainsi qu’à de nombreux cas de rétrogradations, de contractuel à vacataire, ou de manière plus éloquente encore, de bénéficiaire du concours à non titularisé par un inspecteur omnipotent qui s’appuie sur des critères personnels tout à fait subjectifs.

Cette situation des personnels s’inscrit dans un contexte général marqué notamment par la disparition de certaines filières techniques (bac technique), par le regroupement des CFA, GRETA, Lycées professionnels, et filières à option, qui menace les titulaires mêmes. Elle contribue à une dégradation de la qualité d’enseignement : les élèves peuvent changer plusieurs fois d’enseignants sur une année, dans une même discipline, car les enseignants absents ne sont pas remplacés avant 3 semaines et le sont ensuite par des collègues titulaires d’autres matières. Dans le cas où cela n’est pas possible, on fait alors appel à des précaires pour trois, six, sept heures par semaine. Certains démissionnent en cours de route, ne pouvant vivre avec ce qu’on leur propose.

Au final, c’est bien une société sans perspective qui se dessine : pour les enseignants sans travail, pour les enseignants sans ressources suffisantes, pour les enseignants désormais surchargés (dans le primaire, les classes dont le prof est absent sont réparties dans les autres classes), pour les étudiants qui n’ont plus de débouchés, pour les élèves qui deviennent tributaire d’un enseignement cahotique.

Positions et revendications du collectif

Le collectif s’est donné pour tâche d’informer sur le mode de gestion du personnel inhumain et discriminatoire. Nous défendons, à travers ce collectif, notre dignité et nos droits. Il y a des besoins dans l’Education nationale et dans la Fonction publique !

Nous revendiquons la TITULARISATION SANS CONCOURS, le DROIT AU REEMPLOI, sur la base d’une Validation des Acquis professionnels que nous réclamons également dans le cadre de ce collectif. L’EGALITE DE REMUNERATION ET DE DROITS, pour un même travail.

Le collectif des précaires de Franche-Comté

Notre réunion hebdomadaire se tient tous les mardis à 18 h 30,

salle P. 06 à la Faculté des Lettres, rue Mégevand.

CPFC, Collectif des Précaires de Franche-Comté

Tél. :  06.86.00.90.12,

Courriel : precairesfc@yahoo.fr