NOTE DE LECTURE

 

Les Vivants et les Morts

Gérard Mordillat,

Editions Calmann-Lévy, 2004.

 

Dallas, Rudi, Porquin, Frank, Mickie… Tous travaillent à la Kos, l’usine de fibre plastique, la seule industrie de la région. Et ici, à Raussel, petite ville de l’Est, tout tourne autour d’elle, boulot, amours, amitiés…

Tout a d’ailleurs bien failli s’arrêter quand La Doucille en crue a ravagé les ateliers. Mais les ouvriers, les employés, les cadres… et même les retraités, les profs, les élèves… tout le monde est venu donner un coup de main pour remettre les machines en marche, éviter la fermeture définitive, éviter la mort de la ville.

Aujourd’hui, deux ans après, la Kos est à nouveau en péril. Ce ne sont plus les eaux mais les grands patrons, ceux qui ont racheté l’usine après l'inondation, ceux qui ont promis une relance de l’activité avec embauche à la clé pour au moins cinq ans, ceux qu’on ne voit jamais, qui habitent en Allemagne et passent leur vacances dans leur mas de provence avec piscine évidemment, c’est ceux-là qui menacent l’usine. Elle n’est plus rentable, les charges, ça coûte trop cher, licenciez moi tout ça ! Alors, les vieux partiront en préretraite et les derniers engagés, des jeunes qui pourront facilement se reconvertir, seront licenciés. Ils sont cent sur la liste, après les négocitiations avec les syndicats, il restera une cinquantaine de noms, un sixième des salariés, calcule le DHR.

A nouveau, il faut se mobiliser. Mais ce n’est pas avec les syndicats, qui font le jeu des patrons en agissant de façon conformiste, prévisible, en divisant les troupes, que les ouvriers vont s’en sortir. C’est à eux de s’organiser pour défendre leur travail, c’est à eux de ne pas se laisser aveugler par les discours qui expliquent pourquoi les licenciements sont inévitables, que sans cela, la Kos est morte, c’est à eux de ne pas se laisser diviser par les promesses et les avancements qui partagent la masse entre ceux qui luttent et ceux qui acceptent leur sort, essayant de tirer au mieux leur épingle du jeu.

Il faut rester soudés malgré la peur de faire partie de ceux qui partent. Et comment ne pas avoir peur quand on a sa vie liée à l’usine ? Comment ne pas avoir peur quand, en travaillant à deux, en cumulant les jobs au noir, en se privant de tout, on a du mal à finir les fins de mois, asphyxié par le prêt sur quinze ans de la maison.

La lutte est nécessaire mais quel en sera le prix ? Car ce ne sont seulement des emplois qui sont en jeu mais tout l’équilibre familial, social et politique d’une région. Quand les petits ouvriers se liguent contre la volonté des multinationales, quelles sont leurs chances de survie ?