NOTE DE LECTURE

Michel Embareck : La mort fait mal (Gallimard, Série noire, 2000, 265 p.).

Capable de n’importe quelle dinguerie, Boudreaux s’en battait l’œil. Il passait le temps en attendant une mort qui l’avait épargné ce 15 octobre où sa femme et ses gosses avaient péri dans l’incendie accidentel de leur maison. Et depuis, ne connaissait meilleure distraction que de se comporter en gendarme katangais. Surtout à contre-emploi. Toute dimension sérieuse avait fui son âme. Il savait que sa carrure impressionnait, en jouait comme on se cure les ongles avec un cran d’arrêt.

Et, quand un assureur le contacte pour une affaire d’incendie, autant dire que l’enquêteur privé n’a aucune envie de se remettre à son ancienne spécialité. Il change rapidement d’avis quand l’assureur en question évoque la flambée d’un grand magasin à Moizy-les-Beauges, où Boudreaux a passé une partie de son adolescence. Ce dernier se rend donc sur place avec la ferme intention de résoudre l’affaire tout en remuant sans ménagement le marigot local qui pue la magouille et les petits arrangements entre notables…

La mort fait mal est un très bon polar. Boudreaux, homme au lourd passé, accroche tout de suite le lecteur qui prend beaucoup de plaisir à l’écouter débiter de truculentes insanités entre deux coups de ses énormes battoirs. Ce côté « brut de décoffrage » fleurant bon les vieux polars américains est contrebalancé par des connaissances avancées en informatique qui lui permettent de démêler les nœuds d’une délinquance financière qui se dissimule derrière un nombre impressionnant de sociétés écrans.

Avec cette première aventure de Boudreaux où la vengeance personnelle le dispute à l’enquête proprement dite, Michel Embareck épingle avec force les petites villes provinciales et leur magouilles politico-financières qui n’ont parfois rien à envier à celles qui font la une de la presse. Le style, enlevé et terriblement efficace, donne parfois lieu à de jubilatoires envolées. La fin du bouquin en est le parfait exemple. Deux scènes épiques et complètement délirantes font culminer la vengeance de Boudreaux en feu d’artifice irréel.

La mort fait mal réunit donc tous les ingrédients pour un pur plaisir de lecture.