NOUS AVONS REÇU

Relever la tête

C’est la crise. Coluche en a fait un sketch, nous, nous le vivons au quotidien. Le droit social part en lambeaux, la lèpre sociale organisée par un gouvernement inique touche l’ensemble de la société : même les cadres, censés être les grands vainqueurs du système néo-libéral, souffrent de cette société dans laquelle on travaille tellement que l’on n’a plus le temps de trouver le sommeil, qu’aller au bout d’une histoire amoureuse devient quasiment impossible…

J.-G. Ballard l’a bien compris qui fait de la vacuité l’élément déclencheur d’une « révolution » chez les classes moyennes, une révolution sans sens, sans but, juste pour s’occuper. 1

Alors oui, c’est la crise. Les fascistes font 20 % aux élections, le racisme est présent dans tout le monde du travail – une petite pensée pour les patrons de BTP et leur mentalité de négriers comme dit un ami à moi –, nos valeurs sont bafouées chaque jour par les médias 2, tout cela est bien triste.

Mais rien qui nous autorise à baisser les yeux, alors tête haute et en garde, parce que si l’on veut arrêter de recevoir des coups, il faut commencer à en donner, à notre manière.

1.  J.-G. Ballard, Millenium People, Denoël, 367 p., 22 €. Un peu cher, donc on doit pouvoir le voler à Forum.

2.  Un journaliste capable d’affirmer que rien n’arrêtera Peterhansel 10 minutes après avoir annoncé la mort d’une enfant sénégalaise tuée par une voiture suiveuse mérite notre mépris mais aussi toute notre insolence.

L’autorité

Jacques Lesage de La Haye avance, dans son texte Psychanalyse et anarchie (Editions Atelier de Création Libertaire), que, nous, libertaires, devons faire preuve d’autorité. Il ne développe pas la question. Au lieu de le regretter, nous allons tenter d’imaginer ce qu’il a cherché à dire.

Je pense pour l’avoir expérimenté dans mes relations amicales que porter un jugement avec fermeté est une forme d’autorité non autoritaire. Expliquons-nous.

Affirmer avec une certaine force une opinion ne vise pas à enlever de la liberté à son interlocuteur. Cette parole est même libératrice pour celui qui l’a dite mais l’est également potentiellement pour l’autre. Dans un monde vidé de tout sens, dans lequel la moitié de la population vit avec 2 dollars par jour tandis que l’autre moitié cherche à produire toujours plus 1, des positionnements forts sont porteurs de sens, éclairent, donnent. Cela est d’autant plus crucial que le journalisme actuel livre seulement les faits bruts, dégagés de toute analyse, de tout angle de vue, sinon une vue rétrécie, paraphrase de ce qui est considéré comme faisant événement.

Je ne pense pas que les libertaires aient réellement peur de l’autorité – fermeté de jugement – puisque la plupart de ceux que j’ai rencontrés n’hésitent pas à affirmer leurs idées. Il s’agit juste d’être conscients de notre rapport à l’autorité qui n’est pas si antagonique que cela.

Bien sûr notre combat est contre l’autorité inique celle qui cherche à s’imposer sans don et avec violence. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’incapacité des démocraties à se débarrasser de leurs armées, sachant que la plupart des militaires, quand ils ne sont pas en guerre, passent leur temps en manœuvres, répétitions inutiles si l’on considère que la guerre l’est aussi. Nous savons également ce que signifient les opérations dites de maintien de la paix, qui se font toujours par les armes et parfois dans la violence.

Certains m’objecteront peut-être que le laisser-faire, comme c’est le cas en Tchétchénie par exemple, n’est guère plus souhaitable. Il n’en reste pas moins que le véritable problème est le régime dictatorial russe mis en place par Poutine et qu’au lieu de l’accueillir avec tous les égards, nous pourrions attendre de nos dirigeants qu’ils soutiennent publiquement les mouvements de résistance russes. On en est bien loin aujourd’hui.

1.  Il faudrait déjà s’entendre sur le mot production puisque la production économique est loin d’être productrice de sens.