PROJET FILLON SUR L’EDUCATION

Fillon n’a peur de rien ! Après les retraites et les « recalculés », il continue son œuvre de démolition sociale. Aujourd’hui, il s’attaque à l’éducation !

Le ministre ne nous déçoit pas. Il fait de l’école de la république l’école du capital. Son projet regorge de mots tels que « mondialisation », « compétences », etc. Il s’agit d’adapter l’école à l’entreprise et les élèves à l’emploi futur. Même s’il est gentil de penser à trouver du travail à toutes et tous, la question se pose de savoir de quel emploi on parle. Il faudra apprendre la précarité, à voyager pour suivre les délocalisations…

Le projet insiste sur le fait que l’éducation coûte trop cher. Mais trop cher par rapport à quoi, à qui ? Eh bien, Fillon répond : par rapport aux autres pays européens. Nous y voilà enfin ! Ce texte n’est pas une traduction du « grand débat national » sur l’école (rapport Thélot), mais des directives européennes sur l’éducation (conseil européen de Lisbonne, mars 2000). Peut-être Fillon pense que nous sommes idiots, mais serait-ce parce que nous n’avons pas les moyens d’avoir une éducation…

Quelques dispositions du projet

Le projet introduit la hiérarchisation des savoirs et connaissances avec le « socle commun ». Il impose la maîtrise de la langue française, d’éléments de maths, une culture humaniste et scientifique, une langue vivante étrangère comme indispensables. Toute autre connaissance est jugée superflue. Et puis les élèves ne maîtrisant pas ces matières (fils et filles d’ouvriers et classes défavorisées, comme chacun sait) seront condamnés à n’apprendre rien d’autre, et les autres (fils et filles de cadres, patrons et classes favorisées, comme chacun sait) pourront choisir les options et l’éducation qu’ils et elles souhaitent. Hiérarchisation des savoirs, donc hiérarchisation des élèves…

Les contrats individuels de réussite éducative (CIRE) individualisent les parcours scolaires et déresponsabilisent l’Education nationale quant à l’échec scolaire. De plus, cela stigmatise, au lieu d’aider les élèves en difficulté. Ce « contrat » est signé par le professeur, l’élève et les parents, c’est-à-dire que le professeur est juge et partie, ce qui vide le « contrat » de son sens. Car le conseil de classe est souverain en ce qui concerne le redoublement. Les parents n’ont plus leur mot à dire. Le contrat devient bancal. Il est également significatif que, sur ce point, Fillon se prononce en faveur du redoublement, alors que toutes les études sur le sujet soulignent son effet néfaste.

Anecdotes ironiques

Fillon assigne de nouveaux objectifs à l’école comme 80 % de bacheliers, 50 % de diplômés du supérieur, + 20 % de jeunes filles dans les filières scientifiques… Tout ceci est louable, ne coûte pas grand-chose, surtout lorsque l’on n’atteint pas les objectifs fixés ! Ainsi, celui des 80 % au baccalauréat est réaffirmé, alors que les statistiques varient, ces dernières années, entre 60 et 70 %. Tous ces chiffres donnent l’impression que l’on gère l’école comme une entreprise ou une industrie quelconque (on va produire 1 000 ordinateurs en plus, etc.). Mais comment oser affirmer par exemple qu’il y aura + 20 % d’élèves apprenant l’allemand ! Si on ajoute à tout ceci la casse des statuts du personnel enseignant (heures supplémentaires, remplacement des collègues pour une courte absence, etc.), la décentralisation pour les autres personnels de l’Education nationale, et d’autres « réformes » (car il faut également pervertir le langage, mais cela pourrait donner lieu à un autre article, voire plus), nous voyons comment s’opère la lente dérive du service public d’éducation vers une entreprise privée.

Quelle riposte ?

Ce bref article ne se veut pas exhaustif, tant les dispositions du projet Fillon enterrent l’idée que l’on se fait d’une école digne de ce nom. On pourrait parler également de la « réforme » du bac (mise de côté pour le moment), des accords entre les ministères de l’Education nationale, de l’Intérieur et de la Défense, etc. Tout ceci sent mauvais. A tout cela, que pouvons-nous opposer ?

Il semble important de réaffirmer le principe, par opposition à l’école républicaine, capitaliste ou quelle qu’elle soit, d’une école émancipatrice présente pour l’enfant, car il n’a jamais été au « centre » de l’éducation comme d’aucuns l’affirment.

Au-delà de « journées d’action » proposées par les syndicats cogestionnaires, il est primordial de repenser un projet pour une école libre de toute influence (religieuse, politique…). Il est indispensable, et plus qu’urgent, que toutes celles et tous ceux qui se sentent concerné(e)s par une vraie éducation osent proposer et concrétiser leurs idées. Car, pour une autre société, il faut une autre école et vice-versa. La réponse ne peut pas être que syndicale. Il s’agit d’idéologie.