TELE-REALITE AU J.T.

Qu’est-ce que la télé-réalité ? C’est, pour aller très vite, filmer la vie quotidienne de gens ordinaires confrontés à une situation exceptionnelle. C’est de ce fait élever au rang de star tout un chacun. Cette description reste sommaire, nous ne sommes pas là en effet pour définir un genre mais plutôt pour étudier une de ses utilisations. En effet, la télé-réalité plait, il serait dommage de ne pas l’exploiter au maximum…

C’est ce qu’a dû se dire David Pujadas jeudi 20 janvier 2005. Ce dernier « raconte » dans son journal de 20 heures (sur France 2) la grève. Il ne se contente pas de diffuser les images des manifs, des interviews de fonctionnaires en grève, la réponse du gouvernement… Non, Pujadas se veut proche de son public, il lui offre un reportage dans lequel il pourra se reconnaître : la journée héroïque du père de famille qui garde ses enfants. Le brave homme, type cadre dynamique, a dû prendre un jour de congé pour pouvoir pallier l’absence des professeurs, qui font la grève sans se soucier des conséquences de leur acte. Ce père doit assurer seul la lourde charge de surveiller deux enfants, que dire du travail du professeur des écoles qui en a de vingt à 30 sous sa responsabilité…. Mais l’homme est courageux, renforcé dans son rôle de héros par la présence des caméras, il propose à des parents qu’il a rencontré on ne sait trop comment (ah, la magie de la télé !) de se charger de leurs enfants. Quel père exemplaire, quel homme généreux !

Que pouvons-nous conclure de cette utilisation ? Notre réflexion se fera sur deux niveaux. D’une part, nous aurons à considérer ce témoignage du point de vue de l’idéologie qu’il véhicule. Le témoignage permet une identification du public, il se reconnaît dans ce qui est montré, tout en opérant une généralisation. « Voyez dans quelle galère cette grève à mis la plupart des français ! » En se faisant le relais des petites gens qui n’ont pas d’habitude la parole, (n’est-ce pas le fonctionnement du J.T. de Pernault sur TF1 ?) qui sont victimes de la grève, les journalistes font le jeu du gouvernement. Ils divisent pour mieux régner : d’un côté le brave français travailleur et de l’autre côté, portrait en creux bien sûr, le tire au flanc de gréviste.

D’autre part, nous nous intéresserons à l’influence de la caméra sur la vie de « monsieur tout le monde ». Nous pouvons dans un premier temps noter que, en présence d’une caméra, le comportement d’une personne lambda est modifié. Si certains sont inhibés, d’autres, comme l’homme de l’exemple ci-dessus, prennent confiance en eux, font preuve d’héroïsme. Mais, est-ce leur acte qui est vraiment héroïque ? Sans la présence des caméras, serait-il considéré de la même façon ? Qu’il y’a-t-il d’extraordinaire à garder deux enfants toute une journée, n’est-ce pas le lot de milliers de femmes en France. Oui, mais là, il s’agit d’un homme, un homme qui sacrifie une journée de travail ! Et si nous poussons le vice un peu plus loin, nous pouvons même nous demander où est la mère, c’est bien à elle que revient cette tâche… Nous retombons à nouveau dans l’idéologie, aurait-on justement fait un reportage sur une mère dans le même cas et si oui, comment aurait-il été présenté ? Nous pouvons dans un second temps aborder la question de la construction du reportage et donc de la construction du sens. Si cet homme est starisé, cela découle du traitement des informations, du montage. Le sujet est amené sous la forme du récit. Mais, ce récit est bien particulier, il reprend les caractéristiques d’un récit épique. Le héros est dans une situation initiale difficile, il rencontre divers problèmes qu’il surmonte avec facilité et fait quoiqu’il arrive preuve de bravoure. Cette référence implicite à ce genre noble convoque chez le téléspectateur l’univers de la chevalerie, des héros d’Homère. C’est le téléspectateur seul qui va faire rentrer dans la catégorie des héros l’homme en question mais ce, fortement influencé par la construction du reportage. La journée de ce quidam n’est que mise en scène, et c’est ce qu’on veut nous faire passer pour de l’information…