NOTES DE LECTURE

 

Michel Steiner, Petites morts dans un hôpital psychiatrique de campagne, Folio policier.

Lorsque le psychanalyste Octave Lepgorin découvre, en plein milieu de son salon, un travelo défoncé à l’acide accompagné d’un petit mot lui annonçant sa fin prochaine, tout l’oblige à se replonger dans son passé où, jeune analyste, il jouait au VRP pour une grosse firme de neuroleptiques. Une époque où, pour fourguer de nouveaux produits ultra puissants, il fréquentait nombre d’établissements psychiatriques dont le vieil asile de Prémont où il garde encore aujourd’hui quelques amitiés.

C’est d’ailleurs là-bas que le mystérieux message l’invite à rechercher les réponses à ses questions. C’est donc aidé d’un flic féru d’histoire médiévale et de quelques collègues de Prémont, que Lepgorin s’embarque pour une quête ténébreuse dans les turpitudes psychiatriques de quelques médecins qui s’avèreront plus que douteux.

L’auteur nous livre ici un très bon polar que résume parfaitement la quatrième de couverture : « Petites morts dans un hôpital psychiatrique de campagne : un roman noir antipsychiatrique dans lequel Michel Steiner porte un regard oblique sur l’histoire de la thérapeutique asilaire du XIXe siècle à nos jours. » Car, au-delà de l’intrigue parfaitement menée, des personnages bien campés et d’un suspens savamment distillé, Steiner nous invite à réfléchir sur ce que nos sociétés ont fait et font encore des fous. Comment la volonté de guérir à tout prix conduit certains médecins à user et abuser de traitements parfois plus dangereux que la maladie elle-même. Comment certains praticiens, oublieux de l’éthique médicale, ont usé et abusé de l’électricité, des produits chimiques et de l’enfermement.

Un roman très noir qui prend pour cadre de sombre aspects de la psychiatrie, mais qui, par sa qualité, invite le lecteur à réfléchir sur un sujet pas forcément très facile d’accès. Que demander de plus ?

 

Patrick Pécherot, Belleville-Barcelone, série noire.

Dans ce second volet des aventures de Nestor, P. Pécherot nous replonge avec jubilation dans le Paris populaire des années 30. On y retrouve une gouaille savoureuse que l’auteur a savamment mise en valeur et qui donne au roman une touche originale. A cela, s’ajoutent les références faites à Léo Malet et la rencontre avec nombre de personnages fascinants : André Breton, Michel Simon, Fréhel et un Georges Orwell, déjà désabusé et lucide sur ce qu’il a vu en Espagne (cf. Hommage à la Catalogne qui est sans doute l’un des plus beaux témoignages écrits sur la guerre d’Espagne).

La description précise et riche du contexte social de ces années troubles (purges staliniennes en Espagne et ailleurs, terrorisme d’extrême-droite de la Cagoule…) est une des forces incontestables de ce roman qui fait la part belle aux événements de ces riches années. Tout ça sans jamais oublier qu’un roman noir vaut aussi par son intrigue qui, dans Belleville Barcelone, tient le lecteur en haleine du début à la fin.

Bref, un vrai plaisir de lecture.