NÉOCOLONIALISME ET PETITES MAGOUILLES

 

Récemment, deux événements semblant assez éloignés l’un de l’autre, ont fait la une de l’actualité. Ce fut d’abord, en Polynésie, le renversement de majorité à l’assemblée territoriale qui voyait revenir à sa tête l’indéboulonnable Gaston Flosse, le petit roitelet de l’archipel, grand magouilleur et grand ami de Chirac. On apprenait alors que la démocratie d’outre-mer était d’abord une affaire de clientélisme à grande échelle, de malversations avec l’argent public et d’ingérence élyséenne. En somme, rien qui étonne.

Plus sanglant, c’est aujourd’hui la Côte d’Ivoire qui fait la une. On nous a d’abord largement abreuvé d’images et d’articles sur les manifestations anti-françaises, les violences commises par les « jeunes patriotes » et, bien sûr, le retour de quelques soldats français dans des cercueils de métal. A ce moment-là, il était donc question de « protection des ressortissants » et « d’interposition » sous mandat de l’ONU.

Toutefois, depuis quelques jours, la belle partition médiatique jouée par les dirigeants français subit quelques fausses notes. Ce sont tout d’abord des images montrant des hélicoptères français canardant sans retenue des manifestants désarmés, dans le but de reprendre le contrôle d’un pont d’Abidjan. Ce sont également ces autres images de soldats

français tirant sur la foule des manifestants devant l’hôtel Ivoire.

Autant de documents mettant à mal l’image des forces « de paix » envoyée par la France. Autant d’images qui provoquent les explications douteuses des bidasses hauts gradés et de la martiale M. Alliot-Marie. On a ainsi entendu parler de « tirs de sommation », de « tirs d’intimidation », de « légitime défense » et d’« usage total des armes », magnifiques trouvailles linguistiques pour expliquer des violences meurtrières contre une population dont il reste à prouver qu’elle était elle-même armée comme l’affirment certains galonnés.

Rien à voir entre la Polynésie et la Côte d’Ivoire me direz vous. Pas si sûr ! Car lorsqu’on y regarde de plus près, on constate aisément que tout ce foutoir participe d’une même politique fleurant bon le néocolonialisme et les histoires de pognon. D’un côté, un vieux roitelet tahitien, magouilleur patenté, soudoie un élu pour récupérer son siège de potentat local, le tout avec l’assentiment du locataire de l’Elysée.

De l’autre, l’envoi de troupes, dans une ex-colonie où la France garde une grande influence (1) et où ses ressortissants et quelques grosses boîtes font beaucoup d’argent (2). Le mandat de l’ONU ne pouvant masquer le fait qu’il s’agit avant tout de protéger des intérêts économiques.

Au milieu de tout ça, des polynésiens condamnés à subir un clientélisme politique aussi vieux que les colonies, et les malversations d’une petite clique soutenue par Paris. De l’autre des Ivoiriens tiraillés entre Gbagbo, l’apprenti dictateur, et une France décidée à maintenir son « pré carré » et ses intérêts économiques.

Tout bien considéré, en Polynésie comme en Côte d’Ivoire, on est loin des idéaux « démocratiques » portés au pinacle par les dirigeants français. Seul compte, le maintien du statu quo et les bonnes affaires, Ivoiriens et polynésiens ne devant se contenter que de quelques hochets électoraux envoyés gracieusement par l’éternelle métropole.

 

(1) Notons qu’entre 1960 (date de l’indépendance) et 1990, le pays a été dirigé par Félix Houphouët-Boigny, fidèle à la coopération française, et donc constamment réélu pendant 30 ans !

(2) Les médias écrivent que depuis le départ massif des ressortissants français, 60 % de l’économie ivoirienne est paralysée. Chiffre impressionnant si l’on pense que la Côte d’Ivoire est un pays indépendant depuis 1960 !