LA PRESSE EN OTAGE

 

Qui n’a pas entendu parler des deux journalistes français enlevés en Irak avec leur chauffeur ? Cet acte intolérable, qui s’ajoute à toutes les horreurs de la guerre, a été commenté de diverses manières : stupéfaction que des français soient attaqués, prise en otage de l’information, atteinte à la démocratie, erreur des preneurs d’otages…

Là n’est pas mon propos. Je tiens simplement à m’insurger sur la façon dont les islamistes radicaux ont récupéré cet événement pour se faire une publicité d’enfer.

La laïcité bafouée une fois de plus.

Nous avons vu des ministres, des hommes politiques aller faire des conférences de presse à la mosquée de Paris, des rassemblements devant ces mosquées, des groupes radicaux comme l’UOIF servir « d’intermédiaires » avec les autorités religieuses, partir en voyage officiel avec les secrétaires d’Etat dans une tournée au Moyen-Orient… Bonjour la laïcité ! Car ce serait à propos de la nouvelle loi sur la laïcité que ce groupe terroriste aurait décidé d’enlever les deux journalistes.

Si la libération des otages avait été aussi rapide qu’annoncée (2 ou 3 jours, puis une semaine, maintenant un mois), nous pouvons être sûrs que les islamistes auraient mis la pression sur le gouvernement dans un marché où nous aurions encore été les dindons de la farce.

Pas d’expression publique de la religion.

Toujours est-il que le tour a été rondement mené. Désormais quelle que soit l’issue de cet événement, les groupes islamistes radicaux ont réussi à se placer sur le terrain politique et médiatique, faisant presque oublier que ce sont eux qui animaient les manifestations anti-laïcité de l’année dernière et qu’ils menaçaient les établissements empêchant les filles voilées d’entrer de faire des manifestations et des grèves, voire de retirer tous les enfants de familles musulmanes.

On se demande ce qu’ils auraient effectivement été capables de faire mais nous voyons bien que ces religieux ont d’autres visions, beaucoup plus générales, sur la société et la façon dont, selon eux, elle doit fonctionner.

Déjà opposés aux croyances religieuses, en tant qu’aliénation de la personne, à la croyance dans un au-delà qui l’empêche d’agir ici et maintenant pour améliorer le monde, les anarchistes ne peuvent que combattre cet islamisme politique. Tout nous oppose !

Pas d’alliance avec les groupes religieux.

Cette erreur (en est-ce vraiment une ?) des gouvernants de faire appel aux chefs religieux de groupes terroristes se retrouve aussi dans d’autres expressions politiques. Ainsi, peut-on voir des groupes souhaiter des alliances avec les islamistes dans la lutte contre le capitalisme (Tarik Ramadan au FSE et stratégies identiques des trotskystes anglais). Outre que cette alliance est une erreur stratégique, rien ne permet de tisser des ponts entre les mouvements anti-capitaliste et religieux. Les pays islamiques ne vivent pas le communisme et les libertés sont inexistantes. Les groupes islamistes sont contre les USA et contre les « valeurs occidentales », nuance.

Cette idée plaît cependant tellement que l’on voit des journalistes tenter de mettre dans le même sac le terrorisme islamiste et mouvement alter mondialiste, jusqu’à l’article du Monde Diplo qui fait un parallélisme entre le terrorisme anarchiste du XIXe siècle et le terrorisme islamiste du XXIe siècle.

Pour Rik Coolsaet (Le Monde Diplomatique), le prolétariat, ne trouvant pas d’issue pacifique à ses revendications, choisit la violence jusqu’à l’émergence du syndicalisme. Aujourd’hui, les musulmans seraient les prolétaires du monde (je ne savais pas qu’Oussama Ben Laden bossait à l’usine) et il faudrait leur trouver une porte de sortie, une expression pacifiée.

Outre le fait que cet article insinue que le syndicalisme était une façon de calmer les masses, alors que ce fut un véritable combat pour construire les syndicats et gagner des droits sociaux face à la répression patronale et policière, il utilise un ton condescendant pour les populations des pays musulmans : « que va-t-on leur proposer pour qu’ils se calment ? »

Notre combat contre le capitalisme passe aussi par les organisations syndicales. Et nous verrons alors, dans les syndicats et dans la rue, qui se retrouve à nos côtés.