ENCORE UNE ILLUSION QUI FOUT
LE CAMP!
Je ne décolère plus depuis que la justice française accepte de se plier au bon vouloir de nos représentants mercantiles du pouvoir.
Je n’avais certes plus d’illusions quant au fait que cette justice que l’on dit impartiale soit une justice de classe. Mais qu’elle puisse se renier, se déjuger, cela je ne l’avais pas encore vu (je n’étais pas née à l’époque du Pétain !), et c’est le cas, dans ce que tous les médias appellent l’affaire Battisti.
J’ai appris à l’école, que l’institution justice était là pour faire respecter et bien sûr respecter elle-même les lois mises en place par la volonté du peuple, pour permettre un mieux-vivre ensemble. Que la justice accepte de rejuger une affaire déjà jugée, alors qu’il n’y a aucune pièce supplémentaire au dossier, est une remise en question du fondement même de cette institution.
De plus, je me pose la question de ce que représente le droit d’asile si pour des raisons mercantiles, d’images médiatico-politiques des représentants de l’état , il peut être aussi facilement remis en question. Que fait-on de la vie des gens alors concernés ?
Accorder le droit d’asile est une décision éthique et politique. En France, on estime que tout homme a droit à la désobéissance civile, cela c’est pour l’éthique, que cette résistance puisse passer par les armes, cela c’est l’analyse politique qui amène à faire le choix de reconnaître cet homme en héros ou en terroriste*, et donc de lui accorder ce statut de réfugié politique. Mais remettre en question ce droit accordé alors qu’aucune raison n’est justifiée est un abus de pouvoir, et comme tel doit être combattu.
Depuis une vingtaine d’années, les réfugié-es italien(ne)s vivent en France en ayant accepté et respecté les règles qu’on leur a imposées pour avoir droit à cet asile. Aujourd’hui, les représentants de l’état français remettent en question ce contrat en nous faisant croire que c’est pour le bien et la sécurité de nous, le peuple. De qui se foutent-il donc ?
Ces hommes et ces femmes ont fait un choix politique dans les années 70/80 en Italie, qui s’est révélé ne pas être le vainqueur, ils l’ont payé par leurs années d’exil, n’est-ce pas déjà amplement suffisant ? Pourquoi, 20 ans après, doit-on encore faire d’eux des parias, les rejeter dans la clandestinité ou accepter qu’ils croupissent en prison ?
De quoi avons-nous peur ?
On nous dit que la prison est un lieu pour protéger la société, et un lieu de rédemption pour le condamné ! Cette affaire me conforte dans l’idée que la prison n’a aucune raison d’exister.
En quoi ces hommes et ces femmes qui vivent comme et avec nous, sont-ils un risque pour ma sécurité ? Accepter qu’on les renvoie en mon nom dans les prisons italiennes me ferait régresser au temps d’une humanité qui appliquait la loi du talion. La prison est le moyen que notre société a trouvé pour éliminer les individus qu’elle classe dangereux. Je refuse ce classement, et je reconnais à tout homme, à moi en l’occurrence, le droit à l’erreur. Seule la parole et le débat sont porteurs d’avenir pour résoudre les conflits. Passer par la prise de pouvoir et a fortiori par l’élimination sous toutes ses formes de l’autre, (la prison en est une), mène à la dictature et à la mort.
Je m’insurge contre le fait qu’en mon nom, puisque membre du peuple, ces gens de robe et de pouvoir puissent agir ainsi. Une seule solution : reprenons nos affaires en main, refusons toute délégation sans réel contrat.
*
En ces temps de commémoration, on peut se rappeler qu’un certain De Gaulle
était un réfugié politique à Londres, et qu’un certain groupe, affiché comme
terroriste en 44, a été réhabilité 15 années plus tard en héros : les
résistants du groupes MANOUCHIAN.)
Dans le prochain numéro de Drapeau Noir,
vous pourrez lire un dossier complet
sur les « années de plomb »
et le soutien aux réfugiés italiens.