ARRÊTONS L’HYPOCRISIE !

 

Ce texte, rédigé au début de la guerre contre l’Irak, peut sembler dépassé. Mais Drapeau noir n’étant pas un quotidien collant à l’actualité, il nous a semblé important de le publier. Pour nous, il garde toute son actualité et, vis-à-vis des prochaines guerres qui ne manqueront pas de se produire, il est en avance !

 

Lors de la première guerre du Golfe, notre vocabulaire guerrier s’était enrichi : « frappes de chirurgicales et autres dégâts collatéraux » sans parler des termes de stratégie militaire, mais peu d’images ! toujours les mêmes, fixes, présentées en boucle. On a eu droit, durant la dizaine d’années écoulée, à d’autres conflits, à d’autres champs de bataille et là, enfin, à d’autres images, cette fois en mouvement : le Kosovo et ses milliers de réfugiés sur les routes qui remerciaient leurs sauveurs : les forces de l’OTAN qui, grâce à leurs frappes chirurgicales, faisaient tomber le pouvoir du bourreau des Balkans (Milosevic). Puis c’était au tour des Kaboulis d’applaudir leurs libérateurs (l’armée américaine et ses alliés et des opposants afghans) à leur arrivée aux portes de Kaboul, éloignant ainsi les sanguinaires talibans. Mais il y avait encore un peu trop de free-lance dans les rangs de ces journalistes et certaines images étaient incontrôlables : les bombes qui dévient malencontreusement  de leurs cibles, toujours militaires ou terroristes, et qui s’abattent sur des civils faisant leur marché… ou des combattants de la liberté qui se livrent à des exactions sur des femmes…

Tout le monde sait qu’une bataille se gagne autant par les armes que par le moral des troupes et de l’arrière. Aujourd’hui, c’est toujours vrai ! C’est quand même mieux d’avoir le plus d’armes et les plus « performantes » possibles, on y arrive en consacrant une grande partie du budget de l’état à l’armement plutôt qu’à l’éducation, à la santé… à la justice et à l’égalité sociale. Le moral des troupes, ça se contrôle, un bon discours nationaliste  avec une louche de peur de l’autre, du différent, assaisonnée de quelques prières et un bon  bourrage de crâne comme l’armée sait le faire, et le tour est joué.  Pour l’arrière, c’est un peu la même recette, mais là ce sont les médias qui sont à l’œuvre et jouent aux bons chiens de garde des puissants. Les moyens employés sont à la hauteur : cette guerre commencée il y a peu contre l’IRAK nous le prouve.

Nous voici, grâce à l’accréditation par l’armée américaine de plusieurs centaines de journalistes, transportés au cœur même de l’action !!! on veut nous y faire croire. On a presque l’odeur du frichti dégusté par le brave GI sur son char,  sans parler de la peur au ventre que l’on éprouve en voyant le journaliste, assis sur le canon du même char,  filmer… pour nous informer…e t risquer sa vie !

On a aussi les yeux qui piquent et pleurent… ce foutu  vent de sable, qui de plus  vient enrayer la belle mécanique. On vit la guerre, en vrai, minute par minute, 24 h sur 24  mieux que dans les   war games  électroniques.

Eh bien stop ! y’en a marre !  Votre propagande, votre hypocrisie ont assez duré, on refuse de vous suivre. L’ « arrière » se mutine, notre mémoire n’est pas si courte !

– Qui* a soutenu les femmes afghanes durant les 20 années de conflits, ou quels que soient les vainqueurs, elles perdaient leur autonomie, leur liberté… jusqu'à leur vie, pour le simple fait d’être nées femmes ?

– Qui* a armé  et aidé les talibans à accéder au pouvoir ?

– Qui* a soutenu le peuple kosovar qui, dès la guerre en Bosnie, a alerté des risques d’un conflit armé si rien n’était fait pour soutenir leur république autoproclamée qui s’opposait de façon non violente  à la servitude et aux exactions du pouvoir de Milosevic ?

– Qui* a armé, et même surarmé Saddam Hussein en lui vendant des armes de pointe mais aussi toutes les technologies pour fabriquer l’armement nucléaire, chimique et  bactériologique ?

– Qui* a, durant la première guerre du Golfe , laissé croire aux opposants de Saddam, qu’ils pouvaient enfin s’engager dans la bataille pour renverser le dictateur ?

– Qui* a stoppé  l’avancée des troupes de la coalition sur Bagdad, pour laisser les mains libres aux troupes de Saddam pour mater cette rébellion ?

– Qui*, pour aider le peuple irakien à accéder à la démocratie, lui a imposé un embargo  meurtrier qui a fait de nombreuses victimes parmi les enfants, les femmes et les plus faibles, et  qui a permis d’asseoir encore plus confortablement la tyrannie de Saddam et de sa clique ?

Et aujourd’hui, vous voulez nous faire croire qu’en balançant des bombes sur la population irakienne vous menez une « guerre de libération » de cette même population !!!

YA BASTA ! L’arrière se mutine !

On ne croit plus à vos arguments fallacieux : de guerres juste, propre,humanitaire…. ou sainte, pour défendre les femmes afghanes ou les peuples en manque de démocratie, écrasés, assassinés par des tyrans .

L’arrière n’est plus vraiment localisé, il se déploie sur toute la planisphère. La mondialisation on peut la vivre aussi comme cela ! Ce n’est pas uniquement le libre échange économique, comme vous l’avez construit, mais c’est aussi, maintenant, le libre échange des idées avec d’autres moyens que l’abreuvoir téléhygiénique (certes encore trop efficace !) pour trouver l’information, la diffuser et la réfléchir collectivement aux quatre coins de la planète. L’immense mobilisation internationale contre la guerre en Irak est le début de cette mutinerie.  Sachons  la  poursuivre et l’amplifier.

C’est aux peuples de décider de leur avenir. C’est aux individus eux-mêmes de choisir de mourir plutôt que de vivre asservis.

C’est enfin par un engagement personnel, armé ou non, comme celui des combattants des brigades internationales contre le franquisme, que la lutte ou la solidarité au nom des valeurs de liberté et de justice peuvent se mener.

Retirer le droit aux populations de choisir leur sort au nom de leur liberté, est une rengaine bien connue : toutes les conquêtes coloniales ont été menées au nom de ce principe…  que de ravages… QUELLE HYPOCRISIE !

 

 

NB : *Toute reconnaissance d’une nation  ou des nations n’est pas fortuite.

Non, je ne fais pas d’anti-américanisme primaire car, pour moi, toutes les nations, par le fait même qu’elles sont constituées en nations, peuvent être pourvoyeuses de guerre.