ÊTRE ET AVOIR. UN MODÈLE D’ÉCOLE D’UN AUTRE ÂGE
En ces temps où l’école subit des attaques concrètes de la part de Ferry and co, il est bon de revenir sur un film qui a ému la France d’en bas, au point d’être diffusé avec le soutien du CNDP (Centre National de Documentation Pédagogique, en bref nos chefs et maîtres à penser, des gens qui cogitent, qui circularisent, qui conventionnent…)
Et que voit-on dans ce film ?
Un modèle d’école que le gouvernement est en voie de détruire, c’est-à-dire une classe unique en milieu rural.
Désormais, le sens du vent est de construire de méga groupes scolaires, de faire des regroupements de communes avec des gamins qui prennent le bus à 7 h pour aller dans l’école du village plus loin où est réunie une même tranche d’âge.
Bien, passons.
Que voit-on encore ?
Un instit qui gère sa classe comme un chef, à tel point que l’on n’entend aucun bruit, que les petits chuchotent dans leur coin pendant que le maître fait la leçon avec les grands et que les moyens font leurs exercice en silence. Que de calme !
Toute personne ayant exercé dans cette situation sait que l’organisation des temps et du travail doit être précise… mais enfin, de là à interdire toute effusion de voix. Car c’est bien le sentiment général.
Une gamine se fait piquer sa gomme. Rien de grave, si ce n’est qu’elle n’ose pas se plaindre et qu’elle reste bouche bée.
Un gamin ne réussit pas son exercice, le maître s’acharne dessus et le garde pendant la récréation.
Les petits apprennent à lire avec des mots étiquettes, dont ils ignorent le sens, pour faire des phrases.
D’ailleurs un des gamins dit « copain » au lieu de « ami », car il interprète la phrase plus qu’il ne la lit, ne sachant pas lire. Là encore, le maître s’acharne sur lui et pourquoi ? – Parce qu’il devait choisir « ami » ou « amie » suivant qu’il parlait d’un garçon ou d’une fille. Tout cela du haut de ses 4 ou 5 ans.
Les autres gamins le regardent, éberlués, ne sachant que faire pour lui venir en aide. Coup d’œil au maître, ce n’est pas le moment de parler. Seul, au moment de changement de plan, on entend la petite voix d’une gamine qui se hasarde « il faudrait l’aider ».
Séquence suivante.
Bon, on voit la dure vie des gamins de milieu rural : garder les bêtes, faire les devoirs avec la famille qui n’y comprend rien.
Et puis, on visite le collège où les grands iront.
Là encore, le maître s’acharne sur un gamin, toujours le même, le Jojo de la couverture, gentiment au début, comme un jeu.
« Après un, c’est quoi ? – Deux, Trois, Quatre…
Et après ? – Dix, Vingt…
Et après ? ? ? C’est deux cents, trois cents, quatre… ?
– Cent.
– Cinq… ?
– Cent.
Et après ? C’est mille, deux mille, trois ?
– Mille
- Quatre …
- Mille
Bon, on arrête là, mais c’est la notion d’algorithme infini (euh, en maternelle, c’est pas un peu tôt ?).
A part ça, on fête les anniversaires, on fait de la luge et on perd une gamine lors d’une promenade.
Ce qu’il y a de vraiment choquant dans ce film (en plus de tout cela), c’est qu’à aucun moment les gamins ne travaillent ensemble, jamais les grands n’aident les petits, jamais de temps collectifs (ah si, au moment des crêpes !).
Les gamins bossent mais ne parlent jamais, ne discutent jamais, ne mènent pas de projets collectifs, sont dans une relation duelle avec le maître.
Et pour finir, des petits viennent visiter l’école où ils seront l’année suivante et, forcément, ils n’ont pas intégré le fonctionnement de la classe, c’est une aventure et ça fait peur.
D’ailleurs, un des petits pleure et demande sa maman. Le maître, qui est très axé sur le savoir et le silence, se retrouve tout con à ne savoir comment agir et décide donc de refiler le gamin à sa sœur qui, elle, est déjà intégrée dans la classe.
Un gamin qui fait du bruit et qui doute, quelle horreur pour le maître !
Bref, ce n’est pas ce genre de film qui va nous rapprocher de notre idéel éducatif à la liberté, la responsabilité et le discours commun, les règles de vie, les conseils d’enfants, l’entraide et l’estime de soi.
Ce que nous avons à en dire : Ni dieu, ni maître… d’école !
Signé : un prof, tout de même, qui essaye de ne pas désespérer des autres.