SM2E : LA MONDIALISATION PRÈS DE CHEZ VOUS

 

Située à Planoise, cette entreprise issue de l’entreprise Jeager-Véglia (1973) qui fabriquait des cadrans et des tableaux de bord pour l’automobile, apparaît en 1988 et se spécialise dans les cartes électroniques toujours pour l’automobile. En 1990 la multinationale Mitsubishi la rachète avec de grands projets : 500 emplois, deux Usines, 500 MF de C.A. etc. Malgré des aides publiques importantes, le groupe japonais se retire en 1995 avec d’énormes pertes et déjà un plan social.

Avec l’achat par le groupe belge EPIQ commence une mauvaise histoire belge. Mise en place d’un accord dit « de Robien » : le personnel passe aux 35 heures mais avec modulation et flexibilité à outrance (les semaines de travail pouvant passer de 42 h – officiellement – à 0 h) ce qui entraîne une disponibilité constante pour répondre aux demandes du patron et pour certains du remboursement  de salaire trop perçu. Début août, SM2E comptait encore 210 personnes, personnel essentiellement féminin.

Un faux air : « de crise en teigne en crise en haine… »

La crise traversée actuellement n’est pas la première, c’est le quatrième plan en 15 ans. Mauvais plan. Social ou patronal ? En tout cas, on a changé le nom, on a eu différents patrons et puis quoi ? Chaque plan se traduit par des licenciements.

Le dernier date d’avril 2002 par l’annonce d’un plan de sauvegarde de l’emploi (sic) qui devait se traduire, fin août, par un Plan de Redressement Economique et de Réduction des Effectifs. En clair, on licencie encore 85 personnes mais bon si c’est pour redresser…

Par contre, fin août, on s’aperçoit qu’ils cassent l’usine, insidieusement :

– suppression de tous les chefs projets (6 sur 6) qui suivaient les produits ;

– suppression du service qualité, dans un secteur comme l’automobile où les normes sont très strictes (pas de qualité égale pas de certifications aux normes ISO et autres, égale pas de boulot) ;

– suppression du service achat / approvisionnement des composants ;

– suppression de 58 personnes dans le personnel de production qui devra travailler avec des composants commandés par une autre boîte de la firme, pour faire des produits qui ne seront pas suivis.

En fait, on fait tourner une usine où il n’y a rien à faire.

Et quitte à faire, deux jours de grève accueillent, comme il se doit, ces mesures pour le moins sociales.

Qu’à cela ne tienne, voilà Fousseret (Maire de Besançon PS) qui débarque pour faire son tour et dire que non ! ça ne se passera pas comme ça ! dans une ville en plein dérapage productif (combien d’usines fermées ?). Enfin, il l’a dit et puis il a disparu. Plus un mot. Plus de visite.

Un vrai courage social (iste).

Et puis, comme une rengaine : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. »

Les travailleurs prennent donc les choses en main et se succèdent des débrayages successifs, des grèves et surtout la grève du zèle. On travaille pépère, comme ça, on peut pas nous attaquer sur les salaires. Et puis, ça fout le merdier dans la production. Le patron était vert de rage. Et puis les gens restaient attentifs, s’arrêtaient de bosser pour discuter. Un bruit circulait, et hop ! on se réunissait.

De l’autre côté aussi, ça se réunissait, ça réunionait dur !

Dans une procédure de licenciement, il y a des réunions (4 réunions  extraordinaires).

Il a été fait appel à un expert comptable pour essayer de comprendre la décision, pour se pencher sur les chiffres.

Et là, on se rend compte que l’usine a été sacrifiée pour des objectifs qui la dépassent, enfin qui nous dépassent.

Le principe de réalité : dépouiller Paul pour habiller Jacques.

En fait, le plus gros client de la boîte ne payait plus mais on continuait à produire. Du coup, les stocks se sont entassés (dans une usine vantant le flux tendu), créant un passif de 4 millions d’euros. On fabriquait mais rien ne se vendait.

Et puis, il y a le problème avec la Bulgarie. Les produits partent là-bas dans le pays où la vie est moins chère.

Quand un produit arrive à Besançon, la mise en route de la production se fait sur place, le suivi est pour notre pomme et, quand ça tourne, quand ça devient rentable, ça dégage en Bulgarie. Du coup, l’usine bulgare devait jusqu’à 9 millions d’euros (frais de mise en route des produits, mise à disposition de personnel, du bureau d’études, bref les prestations de services). C’est Besançon qui casque.

En fait, l’argent partait de Besançon vers la Bulgarie. La firme donnait de l’argent pour combler les dettes de Besançon. Et les bénéfices de la Bulgarie… on ne sait pas où ils se retrouvent.

Du coup, l’usine de Besançon fait des emprunts (donc des intérêts) pour acheter des composants pour fabriquer des produits qu’on ne vendait pas, qu’on stockait.

La boîte a le devoir de présenter des solutions de reclassement. Elle propose Dieppe, la Tchéquie, que du bidon, et espère gratter sur des préretraites (au final, peu de monde), des aides à la création d’entreprise, bref du vent.

C’est les soldes !

Un système de notation a été mis en place pour savoir qui licencier avec des dysfonctionnements dans le système de notation.

Les licenciés sont partis en décembre, auxquels il faut ajouter une dizaine de personnes « protégées » avec des procédures plus longues.

Les gens sont partis le jeudi. Le mardi suivant on apprenait que l’entreprise se déclarait en cessation de paiements.

Réponse du personnel : blocage de l’usine et demande d’explication au directeur qui est en Bulgarie, vous comprenez, il n’est pas disponible mais il viendra…

Si c’est comme ça, on bloque et la situation se débloque. Le directeur réussit à revenir de Bulgarie dans l’après-midi même, accompagné d’un avocat, et on apprend que si c’est comme ça, c’est qu’on est mauvais, que c’est la faute à la mondialisation, que ce n’est pas forcément la fermeture… Du coup, on retourne au boulot le lendemain. Mais quand même, ça fait beaucoup.

Lundi 6 janvier : jugement du tribunal, redressement judiciaire, nomination d’un administrateur et délai de 6 mois pour trouver une solution. Premier bilan dans 3 mois avec en ligne de mire la fermeture ou la vente de l’usine et la possibilité d’un nouveau plan social. Les patrons ont mis en faillite Besançon. Comme ça, ils ne payent pas leurs dettes et les licenciements sont pris en charge par les collectivités.

Le Nouveau Plan coûtera 1,5 millions d’euros et vu que la boîte est en faillite, la somme sera étalée sur 10 ans.

Depuis décembre, on avait peur qu’ils vident l’usine pendant notre absence (comme cela se fait ailleurs). En septembre/octobre, c’est le site de Dieppe qui devait se charger des commandes (dont on avait fermé le service à Besançon). Du coup, ce sont 2 semis de composants qui sont partis à Dieppe. Mais machine arrière, parce qu’on produit mais les pièces manquent et à Dieppe ça leur fait du boulot monstre en plus.

Et nous dans tout ça, on subit des retards de paie car, puisque l’usine est mise en cessation de paiement, elle ne peut pas verser nos salaires de décembre. Du coup, on aura une avance du salaire de janvier et un rappel du salaire de décembre en janvier.

Demain, c’est aujourd’hui en pire.

Pour le premier plan de licenciement des 85 personnes, on avait obtenu une prime de 40 000 F (calculez en euros), la mutuelle payée et quelques autres « avantages ». S’il y a un nouveau plan, on ne touchera certainement pas ça.

Ce qui apparaît aujourd’hui clairement, c’est la volonté de fermer l’usine. Une volonté jamais avouée mais toujours en œuvre. A cela, il faut ajouter une direction incapable qui laisse gonfler des stocks et qui produit à perte parfois, et les créances de la Bulgarie avec la question de la main-d’œuvre moins chère.

Les perspectives présentes ne dépassent guère le tube de tranquillisants pour ne pas sombrer, et s’il fallait tirer une morale de cette triste histoire qui risque de balancer à terme 200 personnes sur le carreau, c’est que décidément ce système économique à une odeur de pourri et qu’il serait plus que temps d’en changer ?

Histoire de loft

En novembre 2002, SM2E, qui ne pouvait pas occuper tout son personnel, a mis à disposition de ses salariés une salle ou l’on vient jouer aux cartes, faire des mots fléchés ou du tricot pendant les heures de travail. Vite surnommé « le loft », ce placard était en fait l’antichambre de l’ANPE.